Thierry Déau finance les PPP avec Meridiam Infrastructure

le 10/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Le fonds sponsorisé par le Crédit Agricole défriche le terrain des financements d’infrastructures sur très long terme.

Pionnier dans la gestion privée d’infrastructures publiques. » Le slogan n’est pas trop fort tant l’équipe montée par Thierry Déau propose, depuis quatre ans, un modèle d’investissement alternatif unique. Après deux ans à construire des stations de traitement des eaux chez GTM International, puis dix ans (dont trois comme directeur général) chez Egis Projects dans le développement et la gestion de projets complexes (en particulier de transports), cet ingénieur civil des Ponts et Chaussées fait le constat que les investisseurs en infrastructures, trop orientés vers la reprise d’actifs existants (brownfield) grâce à du levier et une approche court terme, ne répondent pas totalement à deux besoins : celui de la puissance publique d’impliquer plus de fonds privés sur les projets nouveaux, et celui d’investisseurs à la recherche de produits sécurisés dans la durée.

Projet innovant

En 2004, il trouve donc un accord avec le géant américain de l’ingénierie Aecom pour monter un projet innovant et une équipe, avec notamment l’ex-banquière Julia Prescot, aux Etats-Unis, et deux anciens d’Egis, Emmanuel Rotat et Jens Genkel, en Europe. La société de gestion dédiée à l’investissement dans les partenariats public-privé (PPP) voit le jour en 2006, avec les soutiens de Crédit Agricole PE et donc d’Aecom. Elle boucle son premier fonds en 2008 avec d’autres institutionnels et gère alors 690 millions d’euros. Un fonds fermé pour vingt-cinq ans, durée nécessaire pour accompagner les projets « de A à Z », mais qui nécessite une grande confiance des investisseurs.

Et donc dédié, à l’inverse des autres fonds d’infrastructures, à 75 % au financement de projets nouveaux (greenfield), en Europe ou Amérique du Nord, sur tous les segments (transports, bâtiments publics, environnement), avec une approche industrielle et toujours une contrepartie publique longue… « A l’instar des Etats-Unis, où les nouveaux projets se finançaient surtout par des émissions des collectivités, ce marché des PPP s’ouvre petit à petit, entre la personne publique qui souhaite transférer une partie des risques et des coûts, et l’opérateur industriel qui souhaite déconsolider la dette de son bilan (représentant de 70 % à 90 % des montages, NDLR) », rappelle Thierry Déau, pour justifier la recherche d’une position centrale et si possible majoritaire au sein des consortiums.

Depuis, l’équipe a grossi assez rapidement au rythme des investissements de ce premier fonds. Elle compte désormais une trentaine de professionnels, dont 24 investisseurs entre Paris (14), New York (8) et Toronto (2), et s’est renforcée en 2009 d’une nouvelle associée de poids avec Jane Garvey. L’ex-conseillère du candidat Barack Obama sur les transports et infrastructures publiques a une vision précise des besoins de financement américains : les obligations émises sur les marchés pour les deux projets d’autoroutes montés avec Meridiam au Texas ces derniers mois bénéficient du programme d’exemption de taxes appelé private activity bonds... qui a remplacé les Garvey bonds ! « Nous avons été sollicités pour lancer des projets sur des pays émergents, mais nous avons préféré nous recentrer sur les géographies que nous connaissons et insister sur l’Amérique du Nord », poursuit le président de la société de gestion, reconnaissant que le fonds Meridiam II, lancé cet hiver et très demandé, devrait atteindre prochainement la moitié de son objectif final, fixé autour de 1,7 milliard entre ses deux compartiments (en euros et en dollars).

« Ce métier du financement est passionnant car très complexe à gérer entre de nombreux intervenants : la personne publique, l’industriel constructeur, l’industriel exploitant, la banque de financement, et l’éventuel investisseur financier », s’emballe Charles Foucard, chargé d’affaires convaincu par la créativité de Meridiam, comme lors de son intégration au cours du projet R1 en Slovaquie : « Cela nécessite aussi une bonne maîtrise des techniques et risques industriels, juridiques, politiques et financiers. »

Cohésion et anticipation

En termes d’organisation, les investisseurs sont tous « responsabilisés » avec un rôle dans l’« origination » des dossiers et une relation continue avec les industriels et institutions publiques pour un quart de leur temps… Cela permet de suivre une quarantaine de projets par an. Lorsqu’un projet identifié est éligible au fonds, le chef du projet monte une équipe avec un autre investisseur senior et un (ou deux) junior(s) plus des conseils extérieurs. L’un des premiers choix (souvent limité) porte sur l’industriel partenaire pour la construction. Cette négociation s’accompagne d’une analyse des risques et concerne leur répartition équilibrée entre les intervenants… Elle va en précéder d’autres, similaires, avec la banque de financement, le partenaire pour l’exploitation, etc.

Le processus d’investissement, qui dure en moyenne un à deux ans (dans le cadre d’un appel d’offres systématique), comprend ensuite différentes étapes entre : les modélisations, les notes/présentations internes au comité d’investissement, la première remise de l’offre, le choix de l’« attributaire pressenti », la rédaction finale et l’accord… Le closing déclenche alors la construction du projet, que le fonds accompagne pendant toute la durée, avant que le dossier ne soit transféré à l’équipe de gestion des actifs existants, emmenée par Stéphane Noirie, pour le suivi financier et (dans le cas des concessions) commercial. L’investisseur reste également au conseil d’administration de la société de projet, dont les managers (notamment le directeur financier) sont généralement délégués par Meridiam.

Le financement étant l’une des clés du modèle dans le contexte actuel, l’équipe s’est adjoint mi-2007 les services de Massimo Fiorentino, ex-banquier chez Calyon notamment, attentif à tous ces aspects en soutien de l’ensemble de l’équipe. Thierry Dallard et Jens Genkel ont également un focus géographique accru sur la France et l’Europe centrale et de l’Est (respectivement). Et Meridiam utilise les services de senior advisors pour des missions particulières, par exemple en ce moment pour réfléchir avec la puissance publique à la difficile question de la dépendance vieillesse et au moyen de financer ce service en PPP en en améliorant la qualité… « De tels dispositifs démontrent notre engagement pour longtemps, avec un alignement d’intérêts entre les partenaires et, pour le financier que nous représentons, une logique finale de rendement annuel régulier plus que de multiple », conclut Massimo Fiorentino. Cette approche longue durée nécessite aussi une certaine capacité d’anticipation, et pour cela une cohésion que l’équipe s’emploie à garantir.

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