Entretien avec... Bernard de Longevialle, responsable du pôle institutions financières de Standard & Poor’s à Paris

« Les règles prudentielles actuelles avantagent les banques européennes »

le 08/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Les règles prudentielles actuelles créent-elles déjà un déséquilibre entre l’Europe et les Etats-Unis ?

En matière de fonds propres, elles avantagent plutôt les banques européennes. Contrairement aux américaines, elles appliquent déjà les normes Bâle II. Plus sensibles aux risques, celles-ci permettent aussi des économies de fonds propres pour la majorité des banques. Le gain peut représenter plusieurs points de ratio Tier one (capitaux propres sur bilan, NDLR) par rapport à Bâle I. L’utilisation de modèles internes reconnus par Bâle II s’est traduite par une baisse très sensible des besoins de fonds propres à mettre en face des activités de banque de détail et d’entreprise, pouvant atteindre un facteur de quatre pour des crédits hypothécaires peu risqués. En matière de risques de marché, le régime est aujourd’hui comparable des deux côtés de l’Atlantique.

Bâle III va-t-il inverser la donne ?

Cela dépendra des arbitrages finaux, car une grande incertitude demeure sur l’ampleur des décisions et leur rythme. Des écarts de calendrier pourraient aboutir à des distorsions de concurrence. C’est l’un des éléments qui aurait conduit les régulateurs européens à repousser de 2011 à 2012 la mise en place de la stress VaR (Value-at-Risk ou probabilité de perte, NDLR) et l’IRC (charge du risque incrémentiel, NDLR), qui aurait plus que doublé les exigences pour les risques de marché. Il est fort probable cependant que Bâle III aboutisse à des exigences de fonds propres supérieures à celle requises actuellement.

La régulation va-t-elle réduire les écarts ?

On ignore quelles seront les réformes finalement votées, mais les divergences de priorités pourraient aboutir au maintien d’écarts importants. Les Etats-Unis, en retard sur Bâle II et potentiellement moins pressés d’adopter Bâle III, ont fait des propositions sur la compensation des activités de dérivés, sur la limitation de l’investissement des banques commerciales dans les hedge funds et le capital-investissement, ou encore sur le dispositif de résolution de crises bancaires. En Europe, des réformes sur ces sujets sont probables mais leur contenu reste incertain.

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