Dossier GESTION DU POSTE CLIENTS

Le recouvrement de créances connaît un nouvel essor

le 28/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Les spécialistes du secteur ont enregistré une réelle montée en charges, marquée par une multiplication des recours contentieux.

Dans le but d’optimiser la gestion de leur trésorerie en temps de crise, les entreprises ont été attentives à ne pas laisser déraper les retards de paiements. Tel est le constat établi par le cabinet d'études Altares, spécialisé dans l’information sur les entreprises. L’enjeu est d'importance : les retards de paiements sont à l’origine d’un quart des défaillances d’entreprises. « L’an dernier, 36 milliards d’euros ont été passés en pertes en raison de retard de paiement et, dans le même temps, les entreprises ont dépensé 4 milliards d’euros pour financer ces retards », souligne Pascal Labrue, directeur général pour l’Europe du Sud d’Intrum Justitia, une société spécialisée dans le recouvrement de créances. Dans un tel contexte, les activités de recouvrement de créances ont donc connu un regain d’intérêt certain. Traditionnellement gérées en interne par les entreprises, ces activités sont même de plus en plus externalisées auprès d’experts de ce métier - assureurs crédit, compagnies d’affacturage ou spécialistes du recouvrement. « Nous avons enregistré une augmentation de près de 30 % des créances remises par nos grands remettants », indique Jean-Yves Bajon, directeur général de Coface Services, filiale de l’assureur crédit du même nom. Euler Hermes et Intrum Justitia font également état d’une hausse significative de leurs volumes.

Anticiper les risques d'impayés

Depuis deux ans, les entreprises ont surtout modifié leur attitude en termes de traitement des impayés, ayant décidé de traiter ce problème très tôt. Les dossiers sont donc transmis plus rapidement, ce qui optimise ainsi les chances de récupérer la créance. « Cela nous permet d’intervenir très en amont dans la connaissance du comportement de paiement des clients de l’entreprise, explique Jean-Yves Bajon. Les entreprises peuvent ainsi mieux anticiper les risques d’impayés et leur traitement. »

En dépit de cette volonté d'anticiper et du fait que le traitement à l’amiable reste la voie privilégiée, force est de constater qu’en période de crise, les recours contentieux se sont multipliés. « Sur le recouvrement amiable, nous avons eu une baisse d’activité de 10 % à 15 % en 2009, souligne ainsi Cyrille Cattelan, directeur recouvrement et crédit chez Eurofactor. En revanche, sur le recouvrement contentieux, notre activité a progressé de 30 % à 40 %. » Les professionnels ont dû adapter leurs équipes. Intrum Justitia a ainsi recruté cinq nouveaux juristes, portant à 25 le nombre de juristes en interne. « Nous avons davantage fait appel à des avocats ou des experts juridiques que les années précédentes, indique pour sa part Cyrille Cattelan. Les honoraires d’avocats et de consultants externes ont ainsi progressé de près de 30 % en 2009. »

Les sociétés de crédit s’adaptent

Face à la montée des impayés, liée notamment à la forte hausse du chômage, certains établissements de crédit ont également dû s’adapter. En début d’année, LaSer, filiale des Galeries Lafayette et de BNP Paribas Personal Finance, a étoffé ses équipes de recouvrement, passant de 500 à 600 personnes en France. Filiale de crédit du constructeur Renault, RCI Banque a également redoublé d’efforts. « Nous avons quadruplé le nombre de personnes sur ces phases de recouvrement », indique Frédéric Renaud, directeur des risques de créances chez RCI Banque. Une activité majeure pour l’établissement. « Le coût du recouvrement, intégrant nos actions amiable et contentieux, représente 25 % de l’ensemble de nos coûts », précise Frédéric Renaud. RCI Banque a surtout été contraint de changer son fusil d’épaule en Espagne où « les volumes d’impayés ont triplé, soit une énorme masse de clients n’ayant pas réglé une ou plusieurs échéances », précise Frédéric Renaud. Après avoir longtemps externalisé son activité de recouvrement, RCI Banque a donc pris le parti de l’internaliser entièrement en Espagne. Un choix gagnant : la compagnie a divisé par deux son coût du risque dans ce pays.

A lire aussi