Nyse Euronext installe son nouveau centre de données près de Londres

le 17/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Pour soutenir la création d’une communauté rassemblant tous les acteurs de la chaîne de valeur du « trading », l’opérateur boursier se rapproche de ses clients.

Après celui de Mahwah près de New York, Nyse Euronext vient d’inaugurer un nouveau centre de données (datacenter) à Basildon, près de Londres, ne conservant à Paris qu’une équipe de contrôle. Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie globale très ambitieuse. « Le chiffre d’affaires de la division Nyse Technologies s’est élevé à 368 millions de dollars en 2009, nous espérons le porter à un milliard de dollars d’ici à 2015 », déclare Roland Bellegarde, vice-président exécutif groupe, en charge des activités européennes de négociation cash et de cotation chez Nyse Euronext. Nyse Technologies est la division de Nyse Euronext en charge des infrastructures technologiques et des services afférents, dont la fourniture de données de marché, de prestations logicielles (contrôle des risques, fourniture d’algorithmes de trading…) et d’hébergement de serveurs. Or, concernant cette dernière activité, une offre spécifique, dite de colocation, ou proximity hosting, consiste à fournir un ensemble de services garantissant aux machines des clients concernés une proximité avec les serveurs supportant les plates-formes de trading de Nyse Euronext. Le but ? Gagner du temps sur le passage des ordres et accroître la réactivité quant aux mouvements de marché. Cette offre s’adresse bien évidemment aux traders haute fréquence (high frequency traders), pour qui les temps de traitement et de transmission se comptent désormais en microsecondes. Selon le cabinet Aite Group, la part du trading haute fréquence aurait représenté 25 % du volume total des transactions sur les marchés actions européens en 2009. Et ce chiffre devrait atteindre 45 % à l’horizon 2012. Aux Etats-Unis, il serait déjà de 60 %.

« Le choix du site de Basildon correspond à la prise en compte de trois facteurs : nous rapprocher de nos principaux clients, trouver un site immobilier correspondant à nos attentes en termes de surface et de sécurité, et bénéficier d’un emplacement géographique distant d’une métropole pour profiter d’une alimentation électrique suffisante et redondante », explique Anthony Attia, responsable du programme de plate-forme universelle de négociation (UTP) chez Nyse Euronext.

Créer une communauté

Véritable jumeau technologique de celui de Mahwah, situé dans l’Etat américain du New Jersey et inauguré un mois plus tôt (L’Agefi Hebdo du 15 avril), le centre de données de Basildon constitue le quatrième et dernier étage de la nouvelle fusée technologique du groupe transatlantique. Les trois autres étant donc le datacenter de Mahwah, mais aussi la nouvelle plate-forme UTP (Universal Trading Platform), entrée en production en mars 2009 pour le marché cash actions et le réseau de télécommunications SFTI (ou Safety, pour Secure Financial Transaction Infrastructure). L’ensemble est voué à supporter la stratégie de Nyse Euronext consistant à fournir une offre globale de services à l’ensemble des acteurs du trading, allant bien au-delà de son activité historique de plate-forme de négociation. Ses centres de données, reliés par le réseau SFTI et offrant de la connectivité à faible latence à toutes les autres places de marché ainsi qu’aux différents intervenants du marché, ont vocation à devenir des « one stop shopping » de l’industrie boursière.

Sur les 30.000 m2 de Basildon, 20 % environ pourraient être consacrés à la colocation. « Nous avons l’ambition de créer le pôle de liquidité le plus large possible selon le principe que la liquidité appelle la liquidité, expose Roland Bellegarde. En regroupant tous les acteurs de la chaîne de valeur au sein d’un même ‘datacenter’, que ce soit le ‘sell-side’ ou le ‘buy-side’, mais aussi tous les clients indirects, comme les fournisseurs de logiciels, les SSII, nous créons une communauté avec l’apparition de nouveaux besoins, et donc de services, à forte valeur ajoutée. » Une quarantaine d’opérateurs ont déjà réservé leur place dans la partie dédiée à la colocation dans le nouveau centre de données de Basildon. « Les phases de test ont déjà commencé, précise Anthony Attia. Nous avons prévu de finaliser la migration fin septembre pour le cash et fin octobre pour les dérivés. » Mais pour répondre aux inquiétudes que ce projet a pu susciter, le groupe fait observer que la salle de surveillance, le véritable centre des opérations, reste localisée à Paris. Regroupées en 2009, toutes les équipes, dédiées à la surveillance des marchés, d’une part, et au contrôle du bon fonctionnement des infrastructures, d’autre part, travaillent désormais dans une salle unique. Une cinquantaine de personne veillent, à l’affût de toute anomalie comme une taille d’ordre disproportionnée, et s’assurent de la bonne marche des plates-formes informatiques, en termes de temps de réponse et de connectivité des membres.

La mise en place des deux nouveaux centres de données représente un investissement de 500 millions de dollars sur dix ans environ. Décidée il y a deux ans, la construction des centres de Mahwah et de Basildon correspondait à un besoin de rationalisation de la douzaine de centres gérés par Nyse Euronext, dont huit aux Etats-Unis. Si le groupe a indéniablement une expérience dans l’exploitation de datacenters de très haute disponibilité, celle-ci concernait ses propres plates-formes. Gérer des centres de données avec des machines qui ne sont pas les siennes et devant répondre à des problématiques de très faible latence, qui n’étaient pas aussi répandues il y a deux ans, peut prendre une tout autre dimension. Car Nyse Euronext a décidé de gérer avec ses propres équipes ses centres de données, plutôt que de faire appel à des spécialistes. Ainsi, SGX, la Bourse de Singapour, s’appuie sur le spécialiste singapourien de l’hébergement, Keppel Digihub. De même, Deutsche Börse et le London Stock Exchange viennent de lancer un appel d’offres pour externaliser l’hébergement de leurs infrastructures.

La colocation, un incontournable

Autant dire que les services de colocation sont devenus une priorité pour toutes les plates-formes de transaction boursières. Car les traders haute fréquence ne cherchent pas seulement la vitesse de transaction, ils traitent des montants sans commune mesure avec les autres opérateurs présents sur le marché. Et ils amènent de la liquidité sur les places de négociation où ils opèrent, attirant mécaniquement d’autres opérateurs. Ainsi, le SGX vient d’annoncer, début juin, un investissement de 250 millions de dollars pour réorganiser entièrement son infrastructure, dont une nouvelle plate-forme de trading ultra-rapide basée sur la technologie Nasdaq OMX et la construction d’un centre de données pour héberger cette nouvelle plate-forme, mais aussi une plate-forme de compensation, des services de market data et de fourniture de prestations de colocation. Dans la même veine, le Chicago Mercantile Exchange (CME) a annoncé le recrutement, fin mai, de Craig Mohan, précédemment responsable des infrastructures du groupe Citadel, pour diriger ses opérations d’hébergement et de colocation, qui devraient être opérationnelles début 2012.

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