Entretien avec... Eric Meyer, banquier senior de Société Générale CIB

« Les LBO repartent doucement mais sûrement »

le 01/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Vous étiez conseil de BC Partners sur l’opération Spotless, qui a constitué le premier vrai LBO (« leveraged buy-out ») français « post-crise » : ce segment peut-il suffisamment dynamiser le marché ?

Chez Société Générale CIB, nous avons eu la chance d’être actifs sur les situations qui nous motivaient cette année, c’est-à-dire des transactions qui, tout en valorisant plutôt bien les sociétés cédées, présentaient des caractéristiques raisonnables par rapport à 2006 en termes de rapport dette/fonds propres et de multiple dette/Ebitda... Les opérations se sont bien déroulées notamment parce les sociétés vendues en premier lieu sont les plus belles des portefeuilles des fonds. La perspective des prochaines levées incite ces derniers à extérioriser de belles plus-values et à mettre du capital au travail, créant les conditions d’un marché animé. L’exercice pourrait redevenir plus compliqué à terme, quand seront proposés des actifs moins attractifs ou plus fragiles. Enfin, il n’y a malheureusement que peu d’opérations primaires...

Comment l’expliquer ?

Certaines grandes entreprises sont réticentes, notamment en France, à céder des actifs. Il y a une dimension culturelle indéniable : vendre peut-être considéré comme un échec, même si le constat de l’inadéquation stratégique est avéré. Au début de la crise, les enjeux potentiels de liquidité avaient poussé nombre d’entreprises à envisager des cessions. Mais ces velléités se sont délitées dès que la pression des financements est retombée. Certains actifs sont notoirement perçus comme « à vendre » (distribution de PPR, emballage verrier de Saint-Gobain..., NDLR), mais ne sont pas encore proposés en dépit de marques d’intérêt prononcées.

Un conseil fait-il une différence entre un fonds et un « corporate » ?

Dans les deux cas, il s’agit de justifier la confiance du client par la pertinence du conseil et la sureté dans l’exécution. Les fonds sont très sophistiqués financièrement et le dialogue « technique » est de fait très aisé. Ils sont par ailleurs extrêmement dépendants de la bonne information et attendent de leur conseil éclairage et réactivité à cet égard. Enfin, ils valorisent fortement la capacité à ménager des accès privilégiés, à ouvrir les bonnes portes. Le renforcement notable de notre plate-forme M&A s’inscrit dans cette ambition d’offrir des solutions plutôt que des produits et une relation de confiance sur long terme.

A lire aussi