Le fonds de défaisance irlandais se montre peu généreux

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

La première phase de la reprise des actifs toxiques des banques s’est opérée avec une décote de près de 50 %.

L’ardoise est beaucoup plus lourde que prévu pour les banques irlandaises. La structure de défaisance mise en place par le gouvernement de Dublin en septembre dernier, la National Asset Management Agency (NAMA), a pour vocation de reprendre leurs créances douteuses : 28 milliards d’euros chez Anglo Irish Bank, 24 milliards chez Allied Irish Bank, 16 milliards chez Bank of Ireland, 8 milliards chez National Irish Bank, 1 milliard chez EBS… Le principe est d’offrir en échange à ces établissements des obligations émises par NAMA, qui pourront elles-mêmes être apportées en garantie auprès de la Banque centrale européenne, pour bénéficier de ses refinancements. Le transfert de l’ensemble des portefeuilles devait s’étaler entre décembre 2009 et juillet 2010. Mais la première opération ne s’est achevée que début avril 2010.

La décote imposée par NAMA au moment de la reprise des actifs sur leur valeur comptable (77 milliards d’euros au total) devait être de l’ordre de 30 %. Cependant, la procédure prend donc du retard, et surtout, le transfert de la première tranche s’est opéré avec une dépréciation moyenne de 47 % (par rapport aux valorisations inscrites dans les livres des banques au 31 janvier 2010). En outre, l’écart est plus ou moins large selon les établissements : 35 % pour Bank of Ireland, 43 % pour Allied Irish Bank et même plus de 50 % pour Anglo Irish Bank. Concrètement, ces actifs, majoritairement des prêts immobiliers (à hauteur des deux tiers, dont plus de 80 % irlandais ou britanniques), dont la valeur nominale s’affichait à 16 milliards d’euros, n’ont pu être cédés qu’à un prix de 8,5 milliards par les établissements locaux, après évaluation par NAMA. Il s’est en effet avéré que ces prêts avait été surévalués par les banques, qu’en particulier les immeubles sous-jacents étaient de moins bonne qualité que prévu et que depuis septembre 2010, le marché des loans adossés à de l’immobilier a poursuivi son recul, sur fond de dégradation de la situation des emprunteurs.

Des dérivés valorisés par SGSS

Mais la particularité de ces portefeuilles est qu’ils sont aussi composés de produits dérivés. Ces établissements de crédit se sont en effet quasiment systématiquement couverts, du risque de taux et du risque d’inflation principalement. C’est ainsi que plus de 1.000 positions en dérivés représentant une valeur notionnelle de 15 milliards d’euros doivent être valorisées. Pour ce faire, NAMA a fait appel à un valorisateur spécialisé et a retenu Société Générale Securities Services (SGSS), après un appel d’offres au début de cette année. Il s’agit principalement de swaps de taux d’intérêt (interest rate swap, IRS) et de swaps d’inflation. Ces établissements de crédit ayant octroyé des prêts à taux variables, ils ont essentiellement cherché à se couvrir du risque de variation des taux. Ils versent ainsi un taux variable à leur contrepartie, la banque d’investissement ayant structuré le swap, et reçoivent en échange un taux fixe. « Nous valorisons les IRS en ayant recours au modèle de marché standard (actualisation des flux) ou, pour les produits plus complexes (‘swaptions’, ‘cap’, ‘floor’) des modèles plus évolués comme celui de Black. Ce sont des produits OTC (de gré à gré, NDLR), aussi nous nous appuyons sur les cours donnés par Bloomberg pour des produits listés comparables », détaille Philippe Rozental, directeur du pôle Asset Servicing de SGSS.

En outre, ils doivent reprendre des paramètres fournis par NAMA et la Commission européenne (l’actualisation des ‘cash-flows’ futurs en particulier), afin qu’il y ait une homogénéité entre leurs calculs et ceux des valorisateurs des ‘loans’. Pour certains instruments moins classiques que ces swaps sur taux (par exemple des « swaptions »), une dizaine de fournisseurs de données peuvent être sollicités et une moyenne est calculée, afin de se constituer un référentiel propre. « Le plus compliqué a finalement été d’imposer aux banques un format de récupération des données. Mais le mode de relation est consensuel. Nous leur transmettons nos valorisations avant de les fournir à NAMA », précise Philippe Rozental, qui ajoute cependant qu’« il est arrivé que nous conservions une valorisation contestée par l’établissement concerné ». In fine, les dépréciations ont cependant été bien moindres que celles des portefeuilles de loans.

Il reste que le potentiel de refinancement des banques irlandaises lié à la cession de leurs actifs toxiques est bien moindre qu’espéré. En outre, les autorités viennent d’exiger que leur ratio de fonds propres durs (Core Tier one) soit hissé à 8 % d’ici à la fin de l’année, contre 5 % en moyenne actuellement. Aussi devront-elles aller chercher sur le marché et auprès de l’Etat irlandais de l’ordre d’une trentaine de milliards d’euros.

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