Les « fonds cotés » repartent en campagne

le 08/07/2010 L'AGEFI Hebdo

OFI PE Capital boucle une augmentation de capital de 35 millions d’euros, signe encourageant pour ce segment du « private equity » coté qui cherche à convaincre.

La société de capital-investissement cotée OFI Private Equity Capital (OPEC) a levé début juillet 35 millions d’euros par émission d’actions à bons de souscription d’actions (Absa) au prix unitaire de 8 euros. « Cette offre, volontairement attractive avec une décote de 50 % sur l’ANR (actif net réévalué, NDLR), permet à l’ensemble des actionnaires de maintenir leur quote-part », explique Olivier Millet, président du directoire d’OFI PE. Il pourra relancer ses investissements au second semestre, toujours dans des sociétés en développement régulier ayant par exemple fait l’objet d’un premier LBO (leveraged buy-out). A son lancement, le 16 juin, l’offre était déjà souscrite à 94 %, avec les engagements de l’actionnaire de référence, la Macif (52 % du capital), de la Maif (7 %) ainsi que de la Matmut. Un signe encourageant, également pour les dix entreprises du portefeuille (valorisé 161,6 millions d’euros) qui pourront aussi bénéficier de cette nouvelle capacité. Et donc pour les marchés qui, outre le contexte actuel difficile, doutent régulièrement de l’intérêt des « fonds cotés » en général...

Décotes réduites

Sur l’année écoulée au 30 juin, le titre Opec a largement progressé, de 45 % contre 9 % pour le CAC 40. Et des « marques » comme Eurazeo (+59 %), Wendel et American Capital (+81 %), Ratos AB (+86 %) ou TICC (+97 %) ont permis aux indices LPX de remonter de plus de 50 % en un an. Altamir-Amboise a même repris 119 % ! Mais le marché partait de bien bas, après avoir chuté de 90 % entre juin 2007 et mars 2009 (L’Agefi Hebdo du 18 juin 2009). Ce recul, explicable fin 2008-début 2009 quand la « dette » était l’objet de toutes les craintes, est aujourd’hui presqu’à moitié comblé : les fonds cotés spécialistes en LBO surperforment donc largement les marchés actions en période de hausse grâce au levier... qui pèse bien lourd en revanche sur les cours en période de baisse.

Certaines décotes sur l’ANR ayant atteint exagérément 70 % ont donc diminué, pour se rapprocher du niveau historique supposé normal (de 30 %, ou 20 % pour les grandes holdings). Attention cependant : les actifs des acteurs plus investis en « public equity » ne sont pas toujours remontés aussi vite que l’action des fonds eux-mêmes, ce qui réduit la décote d’un Wendel (-19 % au 31 mai) par rapport à celles de petits acteurs dédiés au non-coté. Faut-il en déduire que les marchés regardent enfin les actifs sous-jacents pour mieux comprendre ce segment ? « Pendant deux ou trois semestres, la décote importante témoignait des doutes sur la valeur réelle de nos sociétés non cotées, mais leurs résultats, déjà au rendez-vous, finiront par démontrer dans la durée des valorisations objectives », estime Olivier Millet, raisonnant toujours à long terme quand c’est malheureusement rarement le cas du marché.

Altamir-Amboise, véhicule coté géré par Apax Partners, a pu concrétiser cette idée par des cessions d’actifs au premier semestre (Vedici, Cegid, Faceo, Vizada, Galapagos), confirmant des méthodes de valorisation très prudentes (malgré une décote sur ANR de 52 % au 31 décembre). « Minoritaires ou pas, les petits fonds investis en non-coté ne communiquent généralement que sur un niveau global d’endettement et/ou de profitabilité opérationnelle, pas sur chacune des PME sous-jacentes », note Raphaël Hoffstetter, analyste chez Oddo Securities, pour expliquer une décote supplémentaire également liée à une moindre liquidité.

« Dans notre cas, le marché a salué une approche qui a notamment consisté à réinvestir 160 millions d’euros dans nos sociétés non cotées, preuve de notre confiance dans les Materis, Deutsch Connectors ou Stahl... », explique Jean-Michel Ropert, directeur financier de Wendel, qui a géré de manière dynamique l’endettement qui lui était reproché début 2009... La holding, dont les actifs sont fortement exposés à la construction, va désormais pouvoir relancer ses investissements, notamment non cotés, avec une diversification sectorielle et géographique sur les zones à forte croissance.

Entre augmentations de capital, liquidités venues des cessions et nouvelles capacités d’investissement en dette, les « fonds cotés » retrouvent, à condition d’être lisibles et responsables, des moyens d’investir et donc de démontrer leur rôle dans la création de valeur.

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