Rencontre avec... Charles-Henri Filippi, président d’Alfina et du groupe de travail Financement de projets de Paris Europlace

« Corriger les paradoxes sur le financement d’infrastructures »

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Depuis juin 2009, vous animez le groupe de travail de Paris Europlace sur le financement de projets. Pouvez-vous revenir sur sa création ?

Deux chiffres : 15 milliards d’euros de partenariats public-privé à réaliser dans les dix-huit mois, 60 milliards d’ici à huit ans rien qu’en France. Et beaucoup de nouveaux projets émergent dans les énergies renouvelables, la santé, l’éducation, etc. En même temps, on fait face à une raréfaction et à un renchérissement des financements, avec le constat qu’ils étaient jusque-là assurés aux trois quarts par de la dette bancaire. On a vécu un vrai paradoxe qui a consisté à faire financer du « long terme » par des banques dont les ressources sont avant tout des dépôts courts, alors que des institutionnels gérant de l’épargne longue s’y sont peu intéressés pour des raisons de complexité et de liquidité.

Quelles sont vos premières pistes de travail ?

L'objectif de ce groupe de vingt professionnels est de faire de Paris une place de référence pour le financement de projets, de proposer des mesures réglementaires et des actions de formation afin que les investisseurs « long terme » (assurances, gestions d'actifs, fonds de retraite) puissent participer aux financements pendant les phases les moins risquées du projet. Il faut aussi, pour cela, trouver les moyens d’apporter de la liquidité : la plate-forme obligataire proposée par le ministre de l’Economie, Christine Lagarde, pourrait faciliter l’essor d’un marché dédié à de la dette « infrastructures ». D’autres pistes nous ramènent aux fonds de dette qui pourraient permettre, selon la structure, d’élargir la souche pour diversifier les risques tout en facilitant une notation des placements.

Vous, l’ancien banquier, faites désormais plutôt du conseil sur le haut de bilan…

En effet, Alfina propose du conseil aux corporates opérateurs de projets et, via notre filiale à 80 % Fidéas Capital, aux investisseurs qui s’intéressent au secteur dans leur politique d’investissement. Fidéas Capital a identifié quelque 300 fonds dédiés aux infrastructures dans le monde (représentant environ 150 milliards d’euros), et observé l’intérêt croissant des institutionnels, notamment attirés par la protection contre l’inflation. Une piste déjà explorée par les investisseurs en equity, mais que nous devons aussi développer pour la dette, via des obligations indexées ou des prêts participatifs, quand le sous-jacent le permet.

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