Bionersis émet la première «obligation CO2»

le 01/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Cette PME pionnière dans la valorisation du biogaz de décharge lance une Obsa indexée sur son « fonds de commerce » que sont les « crédits carbone ».

Dès ce 1er juillet, la société Bionersis cherche à lever, et ce pour une période de trois semaines, environ 15 millions d’euros sur les marchés via une Obsa (obligation à bons de souscription d’actions) innovante qui aura pour caractéristique d’offrir un coupon annuel croissant au fur et à mesure que le prix du « crédit carbone » (CER, certified emission reduction) montera. L’émission porte sur 50.000 titres d’une valeur nominale de 300 euros, remboursables in fine à cinq ans, et auxquels sont attachés 10 BSA pour chaque obligation, chaque BSA donnant droit à une action au prix de 8,50 euros (contre 8 euros au cours actuel). Le coupon rapportera aux prêteurs entre 7 %, le plancher si le cours moyen sur l’année écoulée du CER reste au-dessous des 14 euros (aujourd’hui autour de 13 euros), et 15 %, à raison de 1 % en plus par palier de 1 euro, entre 14 et 21 euros pour le prix du crédit carbone...

Attractivité

« Ce produit peut s’adresser à des investisseurs recherchant du rendement qui, en revendant les 10 BSA rattachés, peuvent espérer un ‘spread’ supplémentaire d’environ 200 points de base. Mais les BSA rattachés, eux-mêmes cotés, vont aussi intéresser les investisseurs actions qui n’ont pu participer à l’augmentation de capital du mois de mars », explique Olivier Beaudouin, directeur technology chez Bryan Garnier CF, chef de file du placement qui pense pouvoir attirer aussi bien des institutionnels que des gérants pour une clientèle de particuliers. Pour rappel, Bionersis a levé en mars 3 millions d’euros en se cotant sur Alternext dans le cadre d’une augmentation de capital auprès d’investisseurs qualifiés

alors sursouscrite plus de cinq fois.

La société est née en 2005 pour développer, dans le cadre du protocole de Kyoto et des « mécanismes de développement propre » (MDP) destinés à favoriser les transferts de technologies vertes vers les pays en voie de développement, un outil industriel de dépollution des décharges d’ordures ménagères qui dégagent du méthane, généralement non traité et pourtant « 21 fois plus nocif pour l’effet de serre que le CO2 résultant de la combustion ». Recouvrir les décharges publiques, puis en extraire le biogaz polluant (racheté par m3 à la collectivité) pour le brûler permet à Bionersis, avec un vrai savoir-faire également dans l’enregistrement des projets auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), de recevoir, pour chaque tonne brûlée, 21 crédits carbone CER revendus ensuite soit sur des marchés spécialisés, comme Bluenext à Paris, soit directement aux industriels pollueurs soumis à quotas.

Energie verte

« En trois ans, nous avons développé quinze projets (sur une centaine de décharges étudiées), dont neuf sont déjà en production (avec un coût global de 6 à 7 euros par CER « produit », NDLR) en Amérique latine et en Asie, précise Nicolas Heuzé, directeur général délégué de Bionersis. Cette émission obligataire doit nous permettre d’accélérer le développement de notre portefeuille de projets et d’initier sur certains d’entre eux une phase 2 qui consiste à produire localement de l’électricité propre à partir de la combustion du méthane capté. » Une phase 2 qui nécessite un traitement au cas par cas pour la revente de l’électricité auprès des opérateurs locaux.

La société, capitalisée autour de 25 millions d’euros, n’avait jusqu’alors jamais levé de dette - alors que c’est courant dans les infrastructures vertes -, préférant notamment vendre à terme des « crédits carbone » à des partenaires industriels comme E.ON ou EDF. Cette dette obligataire aura l’avantage, par rapport à de la dette bancaire structurée par projet, de financer de manière plus globale les investissements de la société, qui devrait augmenter sensiblement son chiffre d’affaires dès 2010 : elle dispose d’un potentiel de production de 11 millions de crédits CER pour les dix prochaines années.

Surtout, la société a intérêt à voir le prix du « crédit carbone » - et donc ses marges - augmenter. « C’est inéluctable car tout le système repose là-dessus », poursuit Nicolas Heuzé, rappelant que le cours du CER a déjà atteint 23 euros début 2008 et n’a baissé en 2009 que du fait de besoins moindres liés à la récession. Les analystes le voient remonter autour de 20 euros avant 2012, et bien au-dessus ensuite, sans quoi les industriels auraient peu d’intérêts à chercher des solutions de substitution aux énergies polluantes. En Europe, les grands groupes seront même soumis à partir de 2013 à de nouvelles contraintes : fin des quotas attribués, doublement de l’amende par tonne de CO2 rejetée au-dessus des quotas, etc.

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