Entretien avec... Christophe Nijdam, analyste secteur bancaire chez AlphaValue

« Les BFI n’ont pas de raison de rester au sein des banques universelles »

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

En quoi l’affaire Goldman Sachs est-elle symptomatique ?

Il s’agit d’un acte a minima immoral, quand bien même serait-il légal, qui symbolise les conflits d’intérêts inhérents à certains métiers de la BFI (banque de financement et d’investissement, NDLR). Ce n’est pas nouveau, sauf qu’auparavant, la norme était toujours de faire passer les intérêts du client avant les siens. Cela a changé avec la spirale des rémunérations variables asymétriques, qui font parfois tomber la fameuse « muraille de Chine » entre les différents métiers (de market making et proprietary trading par exemple). Et les montants de gains peuvent être tels qu’un banquier donné peut envisager de se passer du client la fois d’après...

Au-delà des rémunérations, quels sont les enjeux pour les BFI ?

Bien sûr, une meilleure transparence des pratiques et une maîtrise des risques systémiques via les ratios prudentiels. Même si la régulation et le contrôle ne peuvent résoudre tous les problèmes éthiques. Je serais plutôt favorable à un retour à la séparation des activités comme avec le Glass-Steagall Act aux Etats-Unis avant 1999. Les activités de BFI n’ont pas de raison majeure de rester au sein des banques universelles. Les clients particuliers et les PME n’ont pas tant que cela besoin de produits sophistiqués, et ceux-ci pourraient tout à fait être arrangés par des structures tiers. Le discours selon lequel la BFI contribue au financement des banques de détail n’est pas crédible non plus : ces dernières sont parfaitement rentables, par rapport à leur niveau de risques et de fonds propres, dans les pays développés, où elles ont plutôt un problème de croissance... Alors que les BFI ont une rentabilité très volatile et donc risquée.

Quel est l’impact des nouvelles régulations pour les différents métiers ?

Sauf « risque de réputation », les métiers de conseils comme le M&A (fusions-acquisitions, NDLR), rémunérés en commissions, ne subiront pas les conséquences des régulations sur les fonds propres. Les activités de marché, rémunérées sur l’écart de prix (spread bid/offer) et les positions pour « compte propre » (net trading income) seraient en revanche largement touchées par les ratios de liquidité et de levier en projets, s’ils sont maintenus. Dans une bien moindre mesure, les activités de financement à long terme, rémunérées sur les marges et sur les commissions d’intermédiation (net interest income), pourraient aussi être réduites.

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