Une question de réciprocité et de capital

le 09/06/2016 L'AGEFI Hebdo

Une question de réciprocité et de capital

Les entreprises chinoises sont partout à l’offensive. Il ne faut ni s’en étonner ni s’en plaindre. Personne ne peut reprocher à ces nouveaux acteurs de venir chercher en Occident les technologies qui leur manquent surtout si, dès qu’une difficulté se présente chez un grand groupe national, dans l’automobile ou le nucléaire par exemple, les gouvernements occidentaux sont, de leur côté, trop heureux de trouver dans les poches chinoises la profondeur nécessaire pour sauver ce qui peut l’être de leurs champions nationaux. Par ailleurs, de tels mouvements stratégiques sont souvent aussi la condition d’une ouverture du marché chinois sans laquelle il n’est plus de politique d’expansion internationale possible. Si Accor intéresse beaucoup les groupes chinois, c’est en partie une conséquence de son propre intérêt à trouver un partenaire pour pénétrer l’immense marché-phare de l’Asie.

Pour autant, il ne faut pas être naïf. Si la France s’est dotée, avec les décrets Breton puis Montebourg, de défenses sectorielles, l’Europe a en revanche une tendance à tomber dans ce travers. Le principe d’ouverture devrait toujours avoir pour contrepartie celui de réciprocité. Là, le bilan de la Chine, et d’autres marchés émergents, est peu probant. Quand des opérations de prise de contrôle en bonne et due forme sont initiées sur les marchés développés par des acquéreurs chinois, les Occidentaux en quête d’expansion se trouvent pour leur part limités à de simples partenariats en Chine à l’exclusion de rachats purs et simples. C’est pourquoi l’absence de barrières à l’entrée dans certains pays de l’Union, comme l’Allemagne qui découvre un peu tard qu’elle n’a pas toujours les moyens de défendre ses fleurons industriels, devrait être reconsidérée à cette aune. Si une réflexion européenne sur une démarche défensive commune n’aurait guère de chances d’aboutir – sans parler de la mise en place d’un équivalent du CFIUS, si efficace aux Etats-Unis (lire L’Evénement) –, nombre de pays qui n’ont pas encore considéré le problème devraient faire de la réciprocité un principe de base de leur politique propre.

Il en est un autre, tout aussi important : renforcer la propension de leurs investisseurs nationaux à investir en actions. En France, le recul de ce type de placements est particulièrement ancien et criant. C’est vrai pour les particuliers, dont le retrait massif tient à la préférence tout aussi massive pour la liquidité des produits administrés d’une part et pour l’immobilier de l’autre qu’ont entretenue tous les gouvernements successifs ; c’est vrai aussi pour les professionnels, assureurs et autres investisseurs de long terme, qui n’ont pas obtenu en matière de capital dans Solvabilité 2 les assouplissements consentis s’agissant des infrastructures (lire notre Enquête). Plutôt que de pleurer sur les entreprises passées sous contrôle étranger, l’Europe ferait mieux de donner à ses propres institutionnels les moyens de les y ancrer. 

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