Licornes, la fin du conte de fées

le 07/04/2016 L'AGEFI Hebdo

Licornes, la fin du conte de fées

Il faut se méfier des légendes lorsqu’elles deviennent monnaie courante. En deux ans à peine, la licorne est sortie du champ du merveilleux pour désigner les start-up technologiques dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Si la spécialiste du capital-risque Aileen Lee, à qui l’on doit la métaphore dans un article publié en 2013, avait choisi l’animal mythique, c’était pour souligner le caractère exceptionnel de telles opportunités d’investissement. Plus de 150 licornes parcourent aujourd’hui le monde, promettant pour certaines d’entre elles à leurs actionnaires de cruelles désillusions, ainsi que le superviseur boursier américain vient de le souligner.

Le monde du capital-risque est coutumier de ces emballements. Comme lors de la bulle internet au tournant du millénaire, tous les éléments ont concordé pour faire monter les valorisations : la promesse de ruptures technologiques qui affectent des pans entiers de l’économie, le charisme d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, et l’abondance des capitaux levés par les fonds d’investissement spécialisés. Rien de bien nouveau sous le soleil de la Silicon Valley.

Ce sont plutôt les gestionnaires d’actifs traditionnels qui ont fait bouger les lignes dans cet écosystème. Ils ont toujours investi dans les nouvelles valeurs technologiques, en particulier lorsque ces dernières entraient en Bourse. Mais vu les prix atteints lors des premières levées de fonds, les licornes ont été tentées de reculer l’heure du grand saut de la cotation pour multiplier les tours de table privés. Les grands mutuals funds américains ont misé sur ces sociétés bien en amont d’une entrée en Bourse, et ont contribué à l’inflation.

La féérie s’est déjà dissipée. Depuis quelques mois, un nombre croissant de licornes revoient leur valeur à la baisse entre deux tours de table, quand la Bourse ne s’en charge pas à leur place. Les gestionnaires d’actifs les imitent en dépréciant leurs participations dans certaines de ces sociétés, l’exemple le plus marquant étant celui de Fidelity avec l’application Snapchat. Plus inquiétant, lesdits fonds se trouvent bien en peine d’accorder leurs violons sur la valorisation des start-up dont ils sont co-actionnaires.

Les grands gestionnaires d’actifs continueront à prendre de tels risques, car leur mandat leur impose de miser sur des entreprises de croissance. A l’échelle des encours énormes qu’ils gèrent, ces lignes pèsent peu, et chacun espère que les paris gagnants compenseront l’inévitable taux de perte attaché à ces investissements. Dans les années à venir, les succès ou les échecs forcément médiatisés de telle ou telle licorne viendront rappeler qu’il importe pour les gérants de rester sélectifs, au-delà des effets de mode. Et que sur le long terme, la Bourse offrira toujours aux investisseurs plus de garanties en matière de prix et de transparence.

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