Taux négatifs, premier bilan

le 31/03/2016 L'AGEFI Hebdo

Taux négatifs, premier bilan

Depuis la décision de la BCE de renforcer ses mesures non conventionnelles, le 10 mars, l’indice Stoxx bancaire de référence a perdu 2 %. Depuis le 1er janvier, son recul est de 18 %, et depuis un an, date à laquelle la BCE a lancé en grand son programme de rachats d’actifs, la chute est de 34 %. Dans les trois cas, l’indice bancaire a sous-performé l’indice général. Autant dire que si les « armes de reflation massives » dégainées par la BCE sont censées réanimer l’économie, pour les investisseurs au moins, elles ne sont pas favorables aux banques. La réalité est sans doute plus nuancée (lire L’Evénement page 8), ne serait-ce que parce que leurs conséquences, notamment des taux négatifs, varient selon les établissements, le profil de leur activité et de leur bilan. « A chacun ses taux négatifs », pourrait-on dire. Mais à mesure que cette politique sans précédent se banalise et se diffuse, des conclusions plus générales peuvent être tirées. Elles ne sont réjouissantes pour personne.

La politique de taux négatif et de rachats d’actifs a sans doute d’abord été favorable aux banques, en leur permettant de « redorer leurs bilans ». La réduction des mauvaises dettes est allée de pair avec une appréciation des actifs et donc du « collateral » en leur possession. La satisfaction des exigences de liquidités des régulateurs en a été facilitée. La structure financière renforcée des banques a ainsi pu jouer un rôle dans l’amorce de reprise du crédit en zone euro. Mais le temps passant, c’est l’effet sur les comptes d’exploitation qui a retenu l’attention. L’écrasement des marges et la difficulté à assurer la transformation bancaire n’ont fait que croître. Pour compenser l’érosion de leur rentabilité, on a même vu des banques, dans les pays hors zone euro à taux négatifs mais également en zone euro, relever leurs taux, notamment immobiliers, et aller ainsi à l’encontre de la volonté de la banque centrale d’assurer la transmission de sa politique monétaire. Enfin, une conséquence moins évidente mais importante concerne l’effet d’éviction du QE au profit des actifs risqués : il nourrit une tendance à l’illiquidité croissante sur les marchés obligataires et pousse les investisseurs à exiger une prime particulière pour tenir compte de ce facteur d’instabilité préoccupant.

Ceux-ci ont exprimé en début d’année leurs inquiétudes sur le secteur bancaire avec leur brutalité coutumière. La BCE a reçu le message, et a décidé de contrebalancer l’impact des taux négatifs par une nouvelle politique de refinancement à long terme ciblé (TLTRO 2). En allant jusqu’à appliquer le principe de « payer pour prêter », elle espère qu’elle recevra meilleur accueil des banques que les précédentes. Ce n’est pas évident. Si sa première édition, en juin, est un échec, l’heure sera venue pour elle de reconsidérer sa politique monétaire non conventionnelle. Faute de quoi les marchés pourraient bien, de nouveau, ruer dans les brancards. n

« La BCE espère que sa politique de refinancement recevra meilleur accueil des banques que les précédentes »

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