L'avis de... Thierry Dartus, associé chez Grant Thornton et coresponsable d’une étude sur l’activité des acteurs français du capital-investissement pour l’Afic*

« Les levées de fonds pourraient dépassser 8 milliards d’euros en France cette année »

le 13/11/2014 L'AGEFI Hebdo

« Les levées de fonds pourraient dépassser 8 milliards d’euros en France cette année »
Thierry Dartus, associé chez Grant Thornton et coresponsable d’une étude sur l’activité des acteurs français du capital-investissement pour l’Afic*

Quel regard portez-vous sur les levées de fonds en France ?

A première vue, les levées sont stables, à 3,6 milliards d’euros au premier semestre, mais si l’on y regarde de plus près, elles témoignent d’une dynamique plus positive. Au premier semestre 2013, les statistiques étaient impactées par la levée de fonds d’un acteur majeur de près de 1,5 milliard, et dans le même temps, 69 fonds avaient collecté des capitaux. Sur le premier semestre 2014, près d’une centaine de véhicules ont sollicité les investisseurs avec succès et toutes les catégories d’acteurs en ont profité, même les plus petits : 61 véhicules ont levé moins de 20 millions contre 46 il y a un an. Quant aux levées comprises entre 50 et 200 millions d’euros, elles ont quasiment doublé, à 2,8 milliards d’euros. Le mois d’octobre ayant été particulièrement actif, le volume total de levées de fonds pourrait encore dépasser les 8 milliards d’euros cette année, ce qui est très honorable, même si l’Afic estime les besoins des entreprises à au moins 10 milliards.

Qui sont les principaux investisseurs ?

Ce sont des Français ! Leur part est même passée de 52 % en 2013 à 57 % cette année. Bpifrance représente près de 25 % des investissements dans le private equity tricolore, suivie de près par les fonds de fonds largement alimentés par des capitaux étrangers (23 %). Les family offices, de plus en plus attirés par la classe d’actifs en cette période de faibles rendements, sont les troisièmes plus gros apporteurs de capitaux (16 %) pour les sociétés de gestion françaises, juste devant les sociétés d’assurance et les mutuelles (16 %). La part des banques n’a cessé de reculer ces dernières années pour tomber autour de 8 %.

Le « french bashing » s’applique donc aussi au capital-investissement…

Ce qui est sûr, c’est que les investisseurs étrangers se montrent extrêmement prudents et lorsqu’ils s’engagent, ils choisissent de le faire via des fonds de fonds. Entre les premiers semestres 2013 et 2014, la part des apporteurs de capitaux non européens s’est effondrée, passant de 24 % à 11 %. La taille des fonds est également discriminante. Les fonds inférieurs à 50 millions d’euros ne lèvent que 4 % de leurs capitaux hors de France, contre 66 % pour ceux qui dépassent les 200 millions.

*Association française des investisseurs pour la croissance.

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