Un homme, une équipe

Xavier-Marie Robert décroche un contrat clé en crédit export

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

L’équipe de Société Générale arrange pour Telefonica un financement à 10 ans en délestant le bilan de la banque de l’impact de liquidité et de 95 % du risque.

Xavier-Marie Robert décroche un contrat clé en crédit export

L’opération remportée par Xavier-Marie Robert et son équipe auprès du leader espagnol des télécoms Telefonica est caractérisée de « jumbo » par les banquiers. Et la taille du contrat, un milliard de dollars, n’est pas le seul point fort du crédit export conclu tout récemment par ce managing director au sein du département de financement export. La banque y tient le premier rôle, comme agent et « mandated lead arranger », confirmation de ses liens privilégiés avec l’un des premiers clients de la banque, Telefonica.

L’opération illustre aussi l’évolution de l’usage du crédit export, en quelque sorte l’équivalent de l’assurance-crédit dans des transactions transfrontières. Dans un crédit export, la banque finance l’importateur en mettant les fonds à la disposition du fournisseur, jouant donc le rôle d’assureur. « Alors que traditionnellement, ces financements étaient plutôt utilisés par les emprunteurs de pays émergents, depuis la crise, de très beaux noms en Europe se sont adaptés en se finançant à long terme avec des produits faisant intervenir les agences de crédit export, explique Xavier-Marie Robert. Les volumes de financement à l’export garantis ont triplé récemment, passant de 40 milliards de dollars en 2006 à 120 milliards en 2012. » Désormais, les crédits export représentent un moyen efficace de sécuriser les financements à long terme, en se calant sur la réalité économique du bien financé. En l’occurrence, Telefonica a obtenu du financement à 10 ans, le maximum octroyé par les banques pour du matériel de télécoms.

Lancées lors de l’été 2012, les négociations ont abouti en février dernier, dans des délais relativement rapides pour une opération de cette envergure. En pratique, c’est Anne Robert, directeur financements structurés export, qui tenait le rôle de « deal leader » pour structurer le financement des achats par Telefonica et ses filiales dans le monde auprès du groupe Ericsson AB. « Ces opérations de financement export sortent du cadre classique de relations bilatérales entre la banque et son client, précise Anne Robert. Il faut aussi gérer les objectifs du fournisseur et ceux de l’agence de crédit export par laquelle passe la garantie de l’Etat exportateur. »

Pour convaincre le client de sa capacité à aboutir à un montage conforme à ses attentes, la banque a mis en avant son historique : « Notre expertise en financement export a été décisive, c’est un marché où nous avons toujours été parmi les trois premiers acteurs mondiaux ces dix dernières années », souligne Françoise Bodenes, directeur financements structurés export.

Un prix final attrayant

La proximité avec Telefonica a également fait son œuvre, Société Générale ayant déjà remporté un mandat en juin 2011 pour participer à un financement export dans une opération impliquant la Finlande. Cette fois, le rôle de leader a été obtenu après que, à Madrid même, le banquier conseil responsable de compte, Vicente Iglesias, a détecté le besoin de financement lié à un contrat commercial avec Ericsson. Le montage a fait intervenir l’appui de deux établissements publics suédois, EKF, l’assureur crédit export - l’équivalent de la Coface en France, - et SEK, la société publique de financement export, une structure caractéristique des pays scandinaves qui finance les exportateurs nationaux pour le compte de l’Etat. « Nous avions déjà collaboré avec les deux établissements publics suédois, des organismes qui travaillent vite et en toute transparence, fait savoir Françoise Bodenes. Nous avons pu avoir un dialogue efficace, avec une prise en compte pragmatique des attentes de Telefonica et d’Ericsson. »

Le financement n’aurait donc pas besoin d’être assuré par les banques commerciales du pool, qui comprend également BNP Paribas, Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ et Santander. « EKN couvre à 95 % le risque politique sur Telefonica et ses filiales, et les banques assument le risque résiduel, indique Anne Robert. SEK, de son côté, assure le risque de financement des banques du club. L’opération sort du bilan de la banque à 95 % pour le risque et en totalité pour la liquidité. »

En conséquence, malgré le coût de l’assurance-crédit, la structuration a permis, en réduisant les risques de la banque, d’aboutir à un prix final attrayant pour l’emprunteur. « Le coût obtenu in fine est très compétitif pour Telefonica, qui parvient en même temps à diversifier de façon intéressante ses sources de financement, SEK bénéficiant d’une notation 'AAA' », remarque Anne Robert.

Expertise sectorielle et structuration

Ce type de montage où la banque ne garde pas le financement sur son bilan répond à une problématique cruciale pour les établissements financiers car depuis la crise, nos champions nationaux ont dû réviser leur stratégie en financement export, en particulier à la suite de la crise bancaire de l’été 2011, où les liquidités en dollars ont été brutalement retirées de leurs bilans. Dans les financements d’actifs (infrastructures, projets, export, immobilier, aéronautique, maritime…), Société Générale CIB mobilise désormais des solutions de financement passant notamment par les marchés des capitaux. « Notre intervention se focalise sur l’expertise sectorielle et la structuration. Nous nous concentrons aussi davantage sur nos intérêts européens, relate Xavier-Marie Robert. En fait, ce modèle, qui a représenté pour nous une véritable révolution, anticipe sur Bâle 3 et Telefonica illustre ce mouvement. »

Une réorganisation du pôle de financement export de la banque, dirigé au niveau mondial par Frédéric Surdon, est intervenue en début d’année, rendant compte de cette nouvelle donne. Auparavant réparti entre spécialistes de l’origination et de la structuration, le département est à présent organisé par zones géographiques et par secteurs pour s’adapter au modèle d’« origination-distribution ». Xavier-Marie Robert y dirige des équipes sectorielles Financements structurés à l’exportation sur l’Amérique, l’Asie et le Moyen-Orient, ainsi que les solutions de financement et liquidité.

Autre évolution en vue, la loi de Finances rectificative 2012 prévoit une garantie d’Etat pour les investisseurs qui refinancent les crédits à l’exportation des banques, et les décrets d’application sont attendus dans les prochaines semaines. « Un tel mécanisme existe déjà en Allemagne », souligne Xavier-Marie Robert.

L'EQUIPE

Anne Robert,directeur financements structurés export

Françoise Bodenes, directeur financements structurés export

Xavier-Marie Robert, responsable pôle Amérique, Asie, Secteurs, développement, ingénierie financière et liquidité

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