Wendel et Eurazeo, un même métier, deux tactiques différentes

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La première cherche à se développer dans les zones émergentes, tandis que la seconde mise sur une accélération de la rotation de son portefeuille.

Illustration: AGEFI

Face à une conjoncture difficile, Wendel et Eurazeo fourbissent leurs propres armes. « Wendel et Eurazeo sont devenues au fil des années des structures de plus en plus différentes. Si nous sommes toutes deux des sociétés d’investissement cotées, réunissant à la fois les actifs et la société de gestion, notre portefeuille intègre 21 entreprises alors que celui de Wendel est très concentré sur deux actifs », explique Philippe Audouin, directeur financier d’Eurazeo. La société, qui a déjà réalisé près de 790 millions d’euros de cessions entre octobre 2012 et mars 2013, mise sur la poursuite de la rotation de son portefeuille au cours des dix-huit prochains mois. « Eurazeo suit la bonne direction », juge un analyste d’UBS, qui anticipe une gestion active encore en 2013.

Une rotation du portefeuille se révèle plus difficile pour Wendel, ses participations dans le groupe de certification Bureau Veritas (50,9 %) et dans la société Saint-Gobain (17,3 %) représentant à elles seules 78 % de l’actif brut réévalué à fin 2012. Celles-ci n’ont pas vocation à être cédées, pour des raisons distinctes. Alors que Bureau Veritas a soutenu les comptes de Wendel avec une hausse du résultat net de 15,7 % en 2012 et affiche de solides perspectives (croissance du bénéfice net par action ajusté de 10 % à 15 % par an entre 2011 et 2015), cette participation constitue, « par sa résilience et sa grande diversification, un pilier du portefeuille », souligne Wendel. A l’opposé, Saint-Gobain, pour lequel Wendel a été contraint de passer plus de 400 millions d’euros de dépréciation en 2012, dispose « d’un grand potentiel de revalorisation », estime la société, rappelant son rôle d’investisseur de long terme.

Trouver des relais de croissance

Wendel mise sur le développement de son portefeuille, notamment vers les marchés émergents. « Nous souhaitons investir 2 milliards d’euros dans les quatre prochaines années », dont un tiers en Afrique et dans les autres zones à forte croissance, déclare Frédéric Lemoine, président du directoire. « Les sociétés du portefeuille de Wendel présentent de façon générale une exposition aux zones à forte croissance (y compris pays émergents) plus forte que celle des sociétés d’Eurazeo. Ainsi, Stahl et Bureau Veritas y ont réalisé l’an passé 63 % et 54 % de leur chiffre d’affaires », relève Patrick Jousseaume, analyste chez Société Générale. « Notre priorité absolue est d’investir dans le non-côté, qui ne représente que 10 % de notre actif net aujourd’hui », ajoute Frédéric Lemoine. « La volonté de recentrage de Wendel sur le non-coté, qui constitue son ADN, est pertinent, explique Céline Chérubin, analyste chez Natixis. Le poids important du coté dans le portefeuille représente un héritage des sorties réalisées par introductions en Bourse, à l’image de Bureau Veritas ou Legrand. » Toutefois, l’enveloppe de 2 milliards d’euros « représente seulement 20 % de la valeur de l’actif brut du portefeuille et (…) cela ne va pas en modifier massivement la structure », considère le bureau d’études Kepler. Ce poids important dans le coté, jugé peu créateur de valeur par certains, se compare à une part de 23,5 % de l’actif net chez Eurazeo (au 11 mars 2013). « Notre préférence va vers Eurazeo, qui présente un bilan plus prudent et moins d’investissement dans des sociétés cotées », relève JPMorgan Cazenove, ayant une opinion Neutre sur les deux titres. Selon un consensus Bloomberg, 67 % des analystes recommandent toutefois d’acheter le titre Wendel, contre un pourcentage de 54 % pour Eurazeo.

Une forte décote

Si les résultats des deux sociétés d’investissement se sont révélés peu encourageants l’an passé (perte nette de 198 millions d’euros pour Eurazeo et recul de 58 % du bénéfice de Wendel à 221 millions d’euros), l’actif net réévalué (ANR), l’indicateur « le plus déterminant » pour juger de la création de valeur selon Frédéric Lemoine, a en revanche progressé. Celui d’Eurazeo a crû de 16 % à 56,8 euros et celui de Wendel de 56 % à 116,2 euros. Sur le plan boursier, le cours d’Eurazeo a progressé de 36 % en 2012, contre une hausse de 49,4 % pour sa concurrente, les deux sociétés conservant une forte décote (32,4 % et 34,8 % selon une note de JPMorgan Cazanove datant de début avril). « Ces décotes pourraient s’atténuer et tendre progressivement vers la moyenne historique de l’ordre de 20 % », indique Patrick Jousseaume. Toutefois, pour Wendel, « investir dans le non-coté, moins transparent, tend à accroitre la décote boursière », rappelle Céline Chérubin.

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