Le vrai défi de l’euro

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Al’heure où L’Agefi Hebdo mettait sous presse, l’Europe s’apprêtait à vivre un sommet historique, un de plus, annoncé comme celui de la dernière chance de résoudre la crise de la dette des Etats souverains de la zone euro. A quelques heures de ce fatal rendez-vous, il n’était guère possible de deviner les solutions que ses premiers responsables politiques allaient retenir, tant les positions des uns et des autres, intangibles la veille, paraissaient tout à coup devenir négociables. Un fait au moins ne laissait pas de doute : la résolution de cette crise était techniquement et financièrement à la portée des Etats européens et dépendait uniquement de la volonté politique de leurs peuples. C’était donc leurs représentants, et non pas les « marchés » trop commodément démonisés, qui s’apprêtaient à endosser la responsabilité d’un éventuel échec par refus des conclusions ultimes que l’Histoire leur impose de tirer, trop tôt à leur gré, de la création de la monnaie unique.

Dès l’origine de cette grande idée, véritable aboutissement de la pensée européenne d’après-guerre, sa nature d’accélérateur de l’intégration dans un sens fédératif était perçue par tous. Le débat sur le Traité de Maastricht en France a largement éclairé les citoyens sur ce point. C’est sur cette base que ses partisans ont appelé l’euro de leurs vœux et c’est sur cette base aussi que ses adversaires l’ont combattue de toutes leurs forces. Or contrairement aux espoirs des premiers, et à la grande satisfaction des seconds, l’euro n’a pas eu les vertus fédératrices prévues mais a plutôt permis à ses pays membres, sous son ombrelle protectrice, de tirer chacun de son côté sans se préoccuper des nécessités de la convergence pourtant inscrites dans son acte de naissance. C’est à elles que la crise actuelle nous somme de nous plier enfin.

Le coût s’annonce certes astronomique, à la mesure de l’aveuglement collectif qui a conduit à ne découvrir le pot au noir grec que l’an dernier et à l’impéritie qui n’a permis d’en prendre la mesure qu’après de longs mois d’inaction et de propagation du feu à d’autres pays. Mais l’Europe a les moyens de le supporter. Comme la BCE ne manque jamais de le rappeler, la dette globale de l’Europe demeure gérable au regard de sa puissance économique qui approche 30 % du PIB mondial. De surcroît, les tests de résistance viennent de prouver que, même en prenant des hypothèses plus rigoureuses que celles retenues par le régulateur, le système bancaire européen est à même d’absorber le choc (lire L’Evénement).

La dérive des continents est une réalité politique et économique aussi bien que géophysique. Pour en tirer parti, encore faut-il que l’Europe s’assume enfin comme tel. Là est le vrai défi que ses membres doivent à l’instant relever s’ils veulent encore décider dans l’avenir de leur inévitable destin commun. 

A lire aussi