Vents mauvais

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Nul ne sait qui gagnera l’élection présidentielle, mais le début de campagne a déjà fait une perdante : l’industrie financière française. Les candidats des deux principaux partis de gouvernement rivaux s’expriment selon des tonalités très proches sur le sujet. Pêle-mêle, leurs propositions en témoignent : disparition du prélèvement libératoire, augmentation de deux points de la CSG sur les revenus du capital, taxation supplémentaire de l’épargne salariale, taxe sur les transactions financières, surtaxe de 15 % sur les bénéfices des banques, priorité absolue donnée au Livret A sur l’investissement long... S’il est un domaine où l’accord est complet, c’est bien la pénalisation assumée d’un secteur identifié comme le grand méchant loup de la crise. Que cette condamnation survienne sans procès semble aller de soi. La finance française ne s’est pourtant pas rendue coupable des multiples excès constatés à l’étranger. Elle n’a pas coûté d’argent au contribuable, continue à financer l’économie, ne distribue pas de rémunérations délirantes, applique sans retard les nouvelles normes réglementaires. Si Dexia constitue un accident grave, il ne saurait à lui seul justifier un tel déferlement.

Dans aucun autre pays comparable, où l’on trouve pléthore de défaillances bien plus dramatiques et généralisées, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou même en Allemagne, on ne trouve cette volonté de couper les ailes de toute une industrie. Aucun n’a perdu de vue l’importance, pour sa compétitivité, de la conserver intacte, et si possible de la renforcer. Nulle part ailleurs, on ne se livre, à côté de la critique universelle de ses débordements, à sa stigmatisation, fondée sur une nature jugée au fond plus parasitaire que créatrice de valeur.

La pugnacité britannique pour préserver la City devrait pourtant faire réfléchir. Le nombre et la qualité des emplois concernés en France aussi. Que la nouvelle préférence nationale aille de surcroît à l’exact inverse de la désintermédiation bancaire impulsée par les régulateurs n’alarme pas davantage. C’est pourtant vers plus de financement par les marchés que se dirigent les économies développées. Elles auront besoin d’acteurs aguerris, et non pas affaiblis,

pour en tirer le meilleur parti.

L’histoire dira de quel poids, dans ce basculement, aura pesé l’affaire Kerviel. En menaçant d’effondrement le système financier, la folie de ce jeune trader a ranimé un atavisme d’hostilité au risque dont on trouve la trace partout et qu’illustre notamment le sacro-saint principe de précaution. Il ne plonge pas ses racines dans la partie la plus dynamique ni la moins conservatrice de l’âme française. Dans ce contexte, développer une place financière à Paris, qui a toujours tenu de la plus hardie gageure, va devenir héroïque (lire notre dossier). Que signifiera ce combat s’il doit être livré contre une telle union sacrée ?

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