L’avis de… Noël Amenc, directeur de l'Edhec-Risk Institute à Londres

« Une trop forte liquidité du 'collateral' réduira la performance du prêt de titres »

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment accueillez-vous cette dernière consultation de l’Esma* ?

Les conclusions de la consultation de l’Esma relative aux ETF (exchange-traded funds, NDLR) sont une bonne chose. Elles ne proposent pas de modifier le cadre réglementaire applicable à l’utilisation des produits dérivés par les OPCVM. Les ETF sont donc des fonds Ucits comme les autres. L’autorité européenne s’est posé les bonnes questions, notamment en s’interrogeant sur le manque de réglementation du prêt-emprunt de titres, bien moins encadré que l’utilisation des dérivés OTC (de gré à gré). Ainsi, parler d’absence de risque de contrepartie pour les ETF à réplication physique qui pratiquent tous le prêt de titres (voir la communication de certains promoteurs, NDLR) est une réelle désinformation du marché. Il faut néanmoins comprendre qu’une trop forte liquidité du collateral (actifs nantis) viendra écorner la performance du prêt de titres et que, in fine, les frais acquittés par les investisseurs pourront être majorés, afin de compenser ce manque à gagner pour les promoteurs de trackers.

La question relative aux produits complexes n’a pas été tranchée par l’Esma...

Parce que l’Esma n’avait pas le pouvoir d’aller plus loin. Derrière le faux débat entre ETF physiques et synthétiques, se posait une question plus importante qui est celle de la complexité d’un produit commercialisé auprès du public. Or ce point relève de la future directive MIF 2 (Marchés d'instruments financiers, NDLR) qui met l’accent sur la distinction entre produits complexes et non complexes. Il y a aujourd’hui une réelle pression pour pousser à ce que tout fonds Ucits qui contiendrait des dérivés soit considéré comme complexe. Nous considérons que ce qui fait la complexité d’un produit, ce n’est pas sa composition mais son pay-off (ce que touchera l’investisseur, NDLR). Ainsi, un fonds passif qui réplique un indice boursier, via un swap, n'est pas un produit complexe à comprendre pour un investisseur.

Quelles sont les « carences » de ce texte ?

Il nous paraît nécessaire que soit affichée une meilleure transparence des indices répliqués. Il est en effet très difficile pour un investisseur d’obtenir l’historique de performances d’un indice capi-pondéré, voire totalement impossible dans le cas d’un indice de stratégie. Or les historiques de performances et de compositions sont indispensables afin de mener une

due diligenceaffinée.

*European Securities and Markets Authority, lire aussi page 6

A lire aussi