Le triomphe de la BCE

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

En quelques petites semaines, la maturation de la crise de la dette souveraine a achevé d’imposer une idée simple : si les seuls pays de la zone euro ont été attaqués, ce n’est pas tant en raison de leur endettement relatif, plutôt moins élevé que ceux d’autres pays développés, mais parce que leurs institutions politiques communes sont inadaptées à une gestion durable des contraintes de la monnaie unique ; la conséquence est que l’épreuve ne pourra être surmontée que par un accord entre eux et eux seulement. Le choc bancaire espagnol a précipité cette réflexion : il a montré que, comme dans le cas irlandais, son appréhension et sa gestion avaient été entravées par d’étroites considérations de politique locale, si bien que sa solution s’est vite avérée au-dessus des forces du seul Etat espagnol. La contagion menaçant exclusivement les autres utilisateurs de l’euro, c’est à 17 qu’une issue a été recherchée ; et, dans la foulée, c’est à 17 encore que la réflexion sur une union bancaire, en quasi-sommeil depuis trois ans au niveau de l’Union, s’est trouvée spectaculairement relancée, sous l’impulsion d’un Mario Draghi exaspéré par le constat d’impuissance croissante de sa politique monétaire.

La conclusion, c’est que le sommet européen de la fin juin pourrait accoucher d’une architecture de régulation bancaire essentiellement centrée non plus sur les 27, comme c’était le cas jusqu’ici, mais sur un opérateur pivot unique, la BCE, appuyé sur le système européen des banques centrales de la zone euro. On ne voit pas quel système serait mieux placé pour gérer en commun le système à trois pieds en gestation : la supervision centralisée et lointaine, nécessaire à la prise de décision délivrée de toute contrainte politique locale, la garantie mutualisée des dépôts financée par un mécanisme commun, enfin le système de résolution des crises.

Si ce choix est fait dans une semaine à Bruxelles, nul ne pourra s’étonner de sa logique. Mortellement menacée, la zone euro a besoin pour survivre de renforcer sa dynamique centripète en s’appuyant sur ses structures propres. Mais nul ne devra en sous-estimer les conséquences. Si la BCE est placée au centre du jeu, il sera de plus en plus difficile à la Commission d’assurer la cohérence des règles dans l’ensemble de l’Union. Le risque de marginalisation sera particulièrement grand pour un des trois pôles actuels de régulation financière, l’autorité bancaire européenne (EBA), d’ailleurs symboliquement situé à Londres. La City y verra sans doute une nouvelle raison de rompre des lances contre cette « dérive » vers une Europe à plusieurs vitesses. Mais on ne voit guère comment elle pourra s'opposer victorieusement à ce changement de repère, désormais clairement centré à Francfort.

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