Le treizième travail d’Hercule

le 12/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Un an après avoir accouché d’un plan de sauvetage des finances publiques hellènes, l’heure a déjà sonné pour l’Europe de le remettre en chantier. Jamais les marchés n’ont cru à cet échafaudage complexe, conçu à reculons et déjà plusieurs fois rafistolé. Leur défiance se lit dans la hausse des rendements de la dette grecque qui interdisent à Athènes d’espérer y lever comme prévu des capitaux en 2012. Un nouveau replâtrage est donc à l’ordre du jour puisqu’une restructuration, voire un simple rééchelonnement, ne font toujours pas consensus dans l’Union.

Il est vrai qu’aujourd’hui, il n’est au problème grec que de mauvaises solutions. Restructurer, par la manière forte ou douce, n’a que de faibles avantages pour de très gros risques. Un rééchelonnement donnerait du temps à la Grèce pour s’ajuster. Mais outre qu’il n’est pas sûr qu’il suffise, un tel revirement, un an à peine après avoir prétendument réglé le problème, constituerait pour les décideurs européens un revers majeur face à leurs opinions publiques. Quant aux marchés, ils n’y verraient sans doute qu’un premier pas vers une restructuration. Or celle-ci impliquerait, pour être efficace, un appauvrissement considérable des banques et des épargnants grecs d’abord, ensuite de l’ensemble du système financier et des contribuables européens. La Grèce ne serait pas tirée d’affaire pour autant puisqu’elle demeurerait en déficit primaire sans plus pouvoir compter sur les marchés ni sur ses partenaires européens pour le financer. Quant à l’Europe, le risque ne doit pas être sous-estimé d’une nouvelle crise bancaire, doublée d’une crise politique ouverte sans parler des spéculations redoublées contre les autres pays européens sous perfusion.

A l’inverse, persister dans la logique actuelle en espérant que les marchés s’y rallient comme par enchantement relève du vœu pieux. Pour eux, l’insolvabilité grecque doit être admise faute de quoi, de rallonge des maturités en baisse des taux de l’aide étrangère, c’est au contribuable européen qu’incombera toute la charge, sans espoir pour lui de jamais rentrer dans ses fonds ni pour l’économie grecque d'échapper aux effets d’une débilitante austérité. Le risque de rejet politique, déjà clair dans plusieurs pays d’Europe, n’ira qu’en s’aggravant.

Mener à bien ce treizième travail d’Hercule suppose pour l’Europe bien des conditions, allant de l’affichage d’objectifs crédibles à l'abstention de tout resserrement monétaire prématuré, en passant pour le bannissement de toute opacité. Les prochains stress tests seront de ce point de vue néfastes s’ils ne permettent pas au moins d’y voir clair sur la capacité de résistance des banques européennes à toutes les hypothèses. A défaut, les marchés pourraient en tirer la conclusion qu’ils ont raison de jouer la politique du pire et que c’est à eux, et non aux politiques, que l’Histoire a réservé d’imposer leur solution.

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