Un traumatisme à surmonter

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’Europe a beau assurer avoir bouclé le dossier mardi, elle n’a pas fini de porter sa croix grecque. La référence religieuse n’est, en l’occurrence, pas déplacée. Sous la férule allemande, l’Europe a essentiellement traité le sujet de la déconfiture hellène non sous l’angle de la restauration d’une compétitivité, ce qui aurait exigé un horizon autrement plus long que l’actuel, mais seulement sous l’angle de la punition : punition du fautif, auquel aucun châtiment ne doit être épargné en vue du rétablissement prioritaire de ses finances publiques ; punition de ceux qui lui ont prêté de l’argent et contribué à sa perdition. Après la prestation de Wolfgang Schäuble, personne ne peut ignorer qu’en allemand, « Schulden » signifie fautes aussi bien que dettes. L’homme de foi, dans cette affaire, l’a souvent emporté sur le ministre des Finances.

Cette grave erreur, chacun dans l’Union devra en subir les conséquences. La Grèce ne fait qu’entrer dans un chemin de douleurs bien plus long et incertain que celui de l’Argentine en son temps. A celle-ci, la dévaluation était permise ; la Grèce n’a d’autre choix que la dépression massive, d’autant plus insondable que ses chiffres économiques - les vrais -, d’endettement ou simplement de PIB, ne sont connus de personne. Sauf - mais ce n’est pas certain - des experts de la Troïka. Pour les créanciers privés, passés à la tonte à plusieurs reprises au mépris des promesses les plus solennelles des chefs d’Etat eux-mêmes, un entêtant parfum de dépréciation contrainte flottera pour longtemps sur les dettes souveraines européennes, quelles que soient les assurances qu’on leur donnera. On ne doit donc pas se tromper sur le sens de la baisse récente des rendements souverains : elle ne résulte pas du retour à la confiance mais seulement de l’injection massive de liquidités à trois ans par la BCE. Le discrédit de la parole des politiques est profond et durable.

Dès lors, gagner le pari du redressement après un tel traumatisme réclame une foi dont on se demande qui pourrait encore la partager, en Grèce mais aussi dans les autres pays du Sud. Que cette perspective soit à tout prendre préférable à celle de la banqueroute et de la sortie de l’euro ne saurait longtemps suffire à ces peuples qui n’ont pour horizon qu’appauvrissement et chômage. L’Europe paraissant avoir définitivement troqué le martinet contre la corne d’abondance, l’absence de toute stratégie crédible de retour à la croissance dans la zone euro va peser d’un poids décisif dans l’esprit des citoyens. Restaurer leur adhésion au projet européen est aujourd’hui la première urgence. Sinon, ils ne manqueront pas d’exprimer dans les urnes l’ampleur de leur désamour. Le vote des Grecs dès le mois d’avril constituera un grand test. La zone euro doit se préparer à vivre durablement sous cette menace politique.

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