La transparence introuvable

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Si la révision de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF II) avait pour but de réparer les travers de la première, le but semble encore loin d’être atteint. Certes, la messe n’est pas dite. Les divergences de vues entre les autorités européennes sont encore telles que la perspective d’une conclusion, jusqu’ici prévue pour la fin de l’année, a été repoussée. En attendant, à la lecture du texte approuvé par le Parlement, réduction de l’opacité et renforcement de la sécurité des marchés ne sautent pas aux yeux. Au point que des esprits chagrins pourraient même se demander si le but des législateurs n’est pas justement de faire tellement complexe que le texte soit inapplicable…

Bien sûr, dans l’esprit des engagements du G20, celui-ci a le mérite de poser les principes de négociation obligatoire des dérivés listés et d’extension de la transparence pre- et post-trade aux produits autres que des actions. Mais leur mise en œuvre est loin d’être satisfaisante.

Sur la fragmentation de la liquidité tout d’abord. Alors que MIF II est censée y remédier, elle crée les OTF, un nouveau type de plates-formes multilatérales (le troisième), qui viendra ajouter de nouvelles structures de marché aux 130 qui existent déjà en Europe. Si l’intention initiale - remplacer des crossing networks non régulés - était louable, la réduction de leur champ d’intervention aux seuls dérivés et obligations et la multiplication des exemptions les rendent au mieux superflues, au pire, encore plus perturbatrices. Et que dire de l’impact sur la transparence pre-trade, déjà largement menacée par d’autres dérogations ? Quant à la transparence post-trade sur les actions, le serpent de mer de la consolidated tape promet de se débattre longtemps encore, entre une Commission qui souhaite voir des solutions commerciales émerger et des acteurs qui appellent une base unique.

Le Parlement n’avance pas plus sur la définition du compte propre, du trading algorithmique, du market making ou du trading à haute fréquence, malgré des tentatives intéressantes, mais encore loin d’être suffisantes, pour mieux déterminer - voire contrôler - ces activités controversées mais pour certaines essentielles à la liquidité sur les marchés.

On peut se demander pourquoi des objectifs apparemment aussi simples que la concurrence entre les plates-formes, la protection de l’investisseur et le juste prix sont si complexes à atteindre. Alors que les marchés deviennent centraux pour le financement des entreprises, le peu d’implication des autorités politiques dans les pays européens sur la MIF est regrettable, à l’exception notable et bienvenue des Français. Car comment attirer les investisseurs sur les marchés réglementés si les règles du jeu sont faussées ?

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