L'avis de... Julien de Saussure, analyste-gérant gestion taux & crédit chez Edmond de Rothschild Investment Managers

« La transition vers un modèle ‘distribute to originate’ est en marche »

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Sylvie Guyony

Estimez-vous que Crédit Agricole SA (CASA) a consenti autant d’efforts que ses concurrents pour réduire son bilan ?

Je suis positivement surpris de la rapidité avec laquelle les banques françaises ont réduit leur bilan depuis l’été. CASA, dont le plan comportait à l’origine plus de risques d’exécution par rapport à ses pairs français, a comblé son retard. La société a communiqué fin mars un taux d’avancement de 66 % par rapport à son objectif initial. Elle a été particulièrement efficace à rediriger de l’épargne logée dans son activité d’assurance-vie vers de l’épargne de bilan, par exemple sous la forme de comptes à terme. Cette flexibilité du modèle de bancassurance, même si elle peut obérer la rentabilité de CASA, avait été sous-estimée.

Et en banque de financement et d’investissement ?

Le plan d’ajustement annoncé vise des activités dorénavant plus consommatrices de liquidités, notamment en dollars, ou de fonds propres (portefeuille de corrélation), ainsi que des activités jugées peu rentables ou manquant de taille critique. C’est le cas du courtage, la surprise étant que CLSA soit cédée séparément, laissant une interrogation sur Cheuvreux. Mais le vrai défi réside dans la désintermédiation des crédits. Cette transition vers un modèle « distribute to originate » est d’ores et déjà en marche.

CASA présente-t-elle d’autres caractéristiques ?

Outre son exposition à la Grèce via Emporiki, une autre incertitude porte sur les fonds propres. Le niveau de capitalisation de CASA dépendra du traitement retenu pour les filiales d’assurance sous Bâle III. CASA estime un besoin de capital de 5 milliards d’euros en appliquant la directive Conglomérat Financier, là où une application plus stricte de la nouvelle réglementation de Bâle génère un besoin total de 10 milliards d’euros.

A lire aussi