Entretien avec... Jacques Cailloux, chef économiste Europe de RBS

« Les traités interdisent à la BCE d’être prêteur en dernier ressort »

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Guy Marchal

La Banque centrale européenne (BCE) s’interdit de tenir un rôle de prêteur en denier ressort. Est-ce tenable dans la situation actuelle ?

Il faut préciser ce qu’on entend par prêteur en dernier ressort. Jusqu’à présent, la BCE a apporté, quand il le fallait et sans sourciller, son soutien aux banques et aux marchés de titres souverains. Tout est une question de taille. Les interventions de la BCE n’ont rien de comparable avec les opérations d’assouplissement quantitatif réalisées à grande échelle par la Réserve fédérale et la Banque d’Angleterre. Des opérations de cette envergure mettraient la BCE en porte-à-faux par rapport au traité de Maastricht qui stipule expressément l’interdiction de la monétisation des dettes et contient la clause de « no bail-out ». Une modification du rôle de la BCE relève d’une décision politique, inimaginable aujourd’hui au vu de l’opposition allemande. Outre-Rhin, le Bundestag et la chancelière Angela Merkel font à chaque fois tout leur possible pour écarter la BCE de tout mécanisme d’intervention européen.

Une crise de la dette italienne se profile malgré les interventions de la BCE via le SMP (Securities Market Program). Des doutes subsistent sur le FESF*. La BCE ne sera-t-elle pas contrainte d’intervenir à grande échelle par défaut ?

Les banques centrales finissent toujours par faire ce qu’elles doivent faire quand les situations de crise deviennent brûlantes et quand il faut intervenir dans l’urgence. Dans le cas de la Grèce, du Portugal ou de l’Irlande, le sauvetage s’accompagnait d’un mécanisme de conditionnalités pour éviter à la banque centrale de faire porter un risque au contribuable européen et légitimer son intervention. Avec l’Italie, on changerait évidemment de dimension puisque c’est le troisième marché obligataire public au monde : l’encours des BTP, les titres publics italiens, est d’environ 1.200 milliards d’euros. Pour restaurer la confiance des investisseurs en cas de problème majeur, il faudrait alors une intervention extérieure et mobiliser tous les mécanismes existants : Fonds monétaire international et FESF.

*Fonds européen de stabilité financière

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