Tous solidaires

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Inexorablement, les bonus rentrent dans le rang. Certes, les banques françaises, non sans raison, continuent à crier à la concurrence déloyale, elles qui font preuve, transparence mise à part, d’une discipline beaucoup plus rigoureuse que les autres pays, tant au niveau des règles que des montants distribués (lire L’Evénement). Certes, les Etats-Unis n’en sont qu’au début de l’encadrement des rémunérations variables ; le principe même de contrôle des salaires demeure un tabou dans la société américaine, même chez les pourfendeurs de Wall Street, et le débat n’est pas encore tranché. Il est vrai aussi qu’il reste à prouver que les autorités britanniques, pourtant très claires dans leur volonté d’encadrement strict des rémunérations, sauront éviter de la diluer par trop de « souplesse » dans son application. Mais les faits sont là. Les distributions de cash sont en baisse, le différé généralisé, et les sommes allouées aux opérateurs de marché globalement réduites, même aux Etats-Unis.

Outre la discipline née de la crise, le réalisme a aussi sa part dans cette nouvelle pratique. Car le gâteau à partager au sein des banques s’amenuise. Les nouvelles normes prudentielles de Bâle III, qui imposent deux à trois fois plus de fonds propres pour les activités de marché, vont peser non seulement sur la rentabilité, mais surtout contraindre les établissements à adapter leur modèle, et notamment transférer les activités les plus risquées et aussi les plus rémunératrices à d'autres entités. Surtout, pour répondre à ces nouvelles exigences réglementaires, voire au zèle persistant des régulateurs nationaux, ils devront mettre leurs résultats en réserve et conserver la majeure partie de leurs bénéfices (lire aussi page 30). Dès lors, quel dirigeant aurait le courage d’annoncer à ses actionnaires l’impossibilité de distribuer des dividendes, tout en continuant à ouvrir les vannes de bonus mirifiques à ses opérateurs de marchés ?

Du trader à l’actionnaire, en passant par l’investisseur : tous doivent être désormais responsables et solidaires de la santé de la banque. C’est un des enseignements les plus clairs, et les plus sains, de la crise, et une des lignes directrices des régulateurs. La preuve en est la généralisation des instruments convertibles en capital en cas de dégradation de la solvabilité, ces fameux « CoCos », sur laquelle le comité de Bâle devrait statuer cette semaine, mais aussi l’utilisation de ces mêmes obligations comme nouvel instrument de rémunération. Pour responsabiliser les banquiers et les conduire à réduire leurs prises de risque - le but premier des recommandations du G20 -, il serait difficile de trouver mieux !

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