Des technologies éprouvées pour les nouvelles plates-formes obligataires

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Si elles représentent une nouveauté en Europe, leur mise en place repose sur des solutions parfaitement maîtrisées. Des ajustements ont toutefois été nécessaires.

Nous ne nous attendons pas à une révolution : la migration des transactions obligataires sur des plates-formes de négociation comme Galaxy va prendre un certain temps, prévient Jean-Philippe Malé, responsable de l’activité Galaxy au sein de l’éditeur américain TradingScreen.Nous serons fixés d’ici six à huit mois. » Même si la prudence est de rigueur, le lancement est imminent et suivra de très près celui de Bondmatch, autre plate-forme de trading électronique pour les obligations, opérée par Nyse Euronext, et opérationnelle depuis le 11 juillet dernier. Ces deux plates-formes constituent une nouveauté et répondent aux exigences du comité Cassiopée. Encouragé par le Haut Comité de place et sous l’égide du Ministère de l’Economie, « le projet Cassiopée a débuté en mars 2009 à l’initiative d’associations professionnelles telles que la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), l’Agence française pour les investissements internationaux (AF2I) et l’Association française de la gestion financière (AFG), dont les membres se plaignaient de l’absence de transparence et de prix de référence sur le marché secondaire des obligations ‘corporate’ », se souvient Nathalie Masset, directeur adjoint des marchés obligataires européens chez Nyse Euronext. Pour fixer les règles du futur marché, Cassiopée a fonctionné, dès le départ, selon trois groupes de travail : « matching des ordres », « reporting pré- et post-négociation » et « gouvernance » dans le but d’améliorer le marché secondaire des obligations d’entreprises en euros. Les exigences de Cassiopée reposaient sur deux critères fondamentaux : un marché entièrement électronique et une accessibilité en temps réel du carnet d’ordres pour tous les participants. « Au sein des groupes de travail, on s’est vite aperçu que les problématiques des émetteurs rejoignaient celles des investisseurs, raconte Nathalie Masset. Les membres du comité Cassiopée n’ont retenu que les fonctionnalités faisant l’unanimité, aussi bien du côté ‘sell-side’ que du ‘buy-side’. » Carnet d’ordres accessible à tous en temps réel, fixation des prix par confrontation de l’offre et de la demande, marché entièrement électronique, cela sonne comme un cahier des charges d’une plate-forme classique pour opérer un marché actions. Sans surprise, les solutions ayant obtenu le label Cassiopée émanent de spécialistes de ces marchés. Ainsi, outre Nyse Euronext et Tradingscreen, la troisième plate-forme, dont le lancement est prévu au cours du troisième trimestre 2011, sera opérée par MTS, une filiale du London Stock Exchange.

Un assemblage délicat

« Le marché des obligations est à un tournant, il est en phase d’électronisation, fait savoir Jean-Philippe Malé. Le ticket d’entrée pour la mise au point d’une plate-forme de ‘trading’ électronique est assez important, il faut investir au moins une dizaine de millions d’euros pour un développement en propre. Recourir à des solutions logicielles n’aurait pas de sens, car cela signifierait ne pas avoir le contrôle de sa plate-forme technologique et manquer de souplesse pour se différencier. » Mais pour qui possède les technologies ad hoc, les développements informatiques nécessaires à la mise au point de ces plates-formes ne sont pas si importants. « Nous avions à notre disposition toutes les briques technologiques indispensables, dont le moteur d’appariement des ordres, utilisé essentiellement par nos clients ‘sell-side’ pour l’internalisation des ordres, affirme Jean-Philippe Malé. Mais aussi les outils de sponsoring, c’est-à-dire d’accès direct aux places de marchés sans en être membre (DMA ou ‘direct market access’, NDLR), ou encore l’outil de diffusion de données de marché. La mise au point de Galaxy n’a donc pas représenté un défi technologique, mais plutôt organisationnel. » Le plus compliqué semble avoir été d’assembler ces différentes briques, et de les faire fonctionner ensemble de façon à opérer un marché obligataire. « Il a fallu coordonner les différentes équipes de TradingScreen localisées à Tokyo, Londres, New York et Chicago, dans des fuseaux horaires différents, souligne Jean-Philippe Malé. L’obtention de l’agrément AMF (Autorité des marchés financiers, NDLR), pour un acteur sans expérience dans ce domaine, n’est pas non plus chose aisée. » Pour Nyse Euronext, Nyse BondMatch est une adaptation de sa plate-forme de négociation boursière UTP (Universal Trading Platform), opérationnelle depuis 2009. « Au niveau technologique, le carnet d’ordres va fonctionner de la même façon que pour les actions cotées sur le marché réglementé, précise Nathalie Masset. Néanmoins, nous avons dû ajuster l’affichage des prix, les obligations étant cotées en pourcentage du nominal. » Les prix seront traduits également en spread, par rapport à une courbe déterminée et en « yield to maturity » (en rendement). « Cela n’a pas représenté une grande difficulté en termes d’ajustement technologiques », confirme Nathalie Masset. Même fonctionnement, mais avec un calendrier différent, pour Galaxy : « Dans une première phase, les passages d’ordres se feront en pourcentage du nominal, prévoit Jean-Philippe Malé. Puis nous proposerons le ‘spread’ affiché selon deux courbes de taux. »

Partenariats

Nyse Euronext a dû procéder à un autre ajustement pour que Nyse BondMatch puisse être accessible à la fois aux émetteurs et aux investisseurs. « Nous avons créé un nouveau statut, dénommé ‘participant intermédié’ pour permettre à certains investisseurs institutionnels de contribuer à la liquidité de la plate-forme sans en être membre, détaille Nathalie Masset. Le ‘participant intermédié’ a une visibilité sur le carnet d’ordres et reçoit un ‘reporting’ personnalisé. » Un code d’identification, dont sont responsables les banques membres, est attribué à ces clients, permettant à Nyse BondMatch de produire pour eux un reporting statistique sur leur activité sur la plate-forme (passages d’ordres, transactions réalisées…). Et pour assurer la notoriété de sa plate-forme auprès du maximum d’intervenants, Nyse Euronext a mis en place une politique de partenariats. « Tous nos prospects doivent trouver la solution pour accéder à Nyse BondMatch, explique Nathalie Masset. Nous avons donc travaillé avec différents éditeurs de logiciels tel Sungard. » Ainsi, l’éditeur américain annonçait, le 11 juillet également, la connectivité à Nyse BondMatch via son service Valdi, permettant aux membres de Bourses et à leurs clients en DMA de traiter sur les marchés électroniques depuis n’importe quelle station ou application. Nyse Euronext a également noué des liens avec des éditeurs tels Orc Software, Ion Trading ou encore Ullink ou Bloomberg (sell-side). La stratégie est la même chez TradingScreen même si le calendrier est encore une fois différent. « En phase initiale, TradingScreen sera le seul à fournir les outils de connexion à Galaxy, annonce Jean-Philippe Malé. Mais nous allons travailler avec d’autres éditeurs fournisseurs de technologies de ‘trading’. » Une étape simple à gérer pour un éditeur spécialisé dans les solutions d’accès aux marchés électroniques. 

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