Sylvain Lambert valide les stratégies ESG des fonds chez PwC

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Le département créé en 1994, pionnier du conseil en développement durable en France, accompagne désormais les fonds de private equity.

Méthode et pragmatisme avant tout idéalisme convenu. « Patience et relations humaines sont aussi importantes pour convaincre les dirigeants de s’adapter à des changements irrémédiables », déclare Sylvain Lambert, à propos de l'équipe Développement durable (RSE*) de PwC Paris, qu’il dirige avec Thierry Raes, son créateur en 1994. Jeune diplômé de l'ESCP, ce moniteur de ski du Vercors passionné était d’abord entré chez Arthur Andersen en audit financier. Fin 1993, après trois ans et plusieurs missions dans le recyclage des déchets et la gestion de l’eau, il entend parler par une amie d’une activité de conseil en environnement en création chez Coopers & Lybrand (qui deviendra PwC en 1998).

« Due diligence »

L'aventure débute quelques semaines plus tard, avec Thierry Raes. Et Rhône-Poulenc comme premier client, qui souhaitait faire valider par un tiers sa performance environnementale vis-à-vis des actionnaires. Au départ très industrielles (HSE*), les missions vont s'ouvrir peu à peu à des entreprises BtoC*, comme Monoprix ou Accor, conscientes des enjeux vis-à-vis des clients. L'équipe, aujourd'hui de 38 professionnels (2 associés, 3 directeurs, 7 managers, 26 consultants), a d’ailleurs rejoint le pôle Stratégie du cabinet. Avec des revenus provenant désormais pour un tiers des audits - reportings RSE, émissions CO

2réglementées, chaîne logistique -, et donc surtout du conseil en stratégie RSE, mise en place opérationnelle, stratégie « produits et services », et transactions. Auquel s’ajoute désormais le conseil en stratégie ESG*, terminologie spécifique à destination des fonds de capital-investissement.

« Notre département faisait depuis le début des ‘due diligence’ environnementales (risques de pollution, conformité des sites) pour les transactions de fonds et de 'corporate' », rappelle Sylvain Lambert. Cette activité, la plupart du temps mandatée par le pôle Transactions services (TS), est renforcée depuis 2008 avec l’arrivée d’Isabelle Spiegel, puis de Bertille Crichton-Nioche : « A la différence des cabinets spécialisés, notre rapport est intégré à celui du TS et doit donc confirmer certaines capacités d’investissement, provisions pour risques, voire garanties de passif mises en place par nos avocats (Landwell), avec une approche encore plus financière pour les fonds », explique-t-elle.

En 2010, Sylvain Lambert est contacté par plusieurs gérants emmenés par Ofi PE (Eurazeo PME aujourd’hui) pour rédiger un guide du développement durable à l’attention des membres de l’Association française des investisseurs en capital (Afic)… L’activité de conseil en stratégie ESG est lancée, avec rapidement une dizaine de clients parmi les plus actifs sur ce sujet en France. Les missions commencent généralement par la définition d’une stratégie ESG sur mesure, souvent après l’adoption des Principes pour l'investissement responsable (PRI) des Nations unies. « De nombreux échanges sont souvent nécessaires avec le gérant concerné, car le sujet reste très ‘intuitu personae’ », développe Sylvain Lambert, toujours impliqué, en tandem avec Emilie Bobin ou Catherine Chazal.

Le département peut ensuite aider à préparer les arguments d’une communication ESG sur de multiples supports, comme dans le rapport annuel chez Apax, « sachant que ces sociétés de 'private equity' sont de plus en plus ouvertes à une communication publique sur ce thème », précise Emilie Bobin. Il propose aussi des formations sur de nombreuses thématiques ESG et connexes (risques énergétiques par exemple), avec des outils pédagogiques adaptés, dont même un jeu de rôles électronique.

Enjeux de gestion

Autre prestation importante : les due diligence ESG sur les cibles d’investissement des fonds. « La première fois, nous avions soumis la société-cible à un long questionnaire très général, totalement inefficace faute de temps et d’informations disponibles : dans les 'datarooms', dans les PME… », rapporte Sylvain Lambert. L’équipe a donc revu son approche, se mettant à la place du futur actionnaire pour arrêter les dix enjeux ESG prioritaires pour l’entreprise, sous trois angles bien définis : les risques (notamment sociaux et environnementaux à l’achat) ; l’impact d’un engagement ESG sur l’efficacité opérationnelle de l’entreprise ; sa capacité à améliorer les revenus. « Notre évaluation préalable se fonde sur les données publiques et notre connaissance de l’entreprise, du secteur..., détaille Emilie Bobin. Une fois les enjeux ESG stratégiques définis, et notés selon une échelle interne, nous rencontrons les dirigeants pour évaluer la réponse de l’entreprise à ces enjeux, valider nos hypothèses, vérifier sur pièces, et rédiger un rapport étayé en preuves et comparaisons. Cette approche demande une forte expertise à la fois ESG et sectorielle, plus aisée dans un cabinet comme PwC, et une équipe expérimentée comme la nôtre, composée pour plus de la moitié d’ingénieurs », poursuit-elle, citant en exemple des expertises en bioplastique ou en énergie.

Ces travaux ESG sont aussi de plus en plus souvent intégrés aux missions du pôle Transactions services, et les efforts extra-financiers à la valorisation financière de l’entreprise, notamment à la vente, selon la méthode EcoValuation de l’équipe. Par exemple sur des problématiques de sécurité des salariés, avec des commerciaux itinérants sur la route ou des ouvriers sur des sites industriels dangereux : « Diminution des accidents du travail, coûts liés à l’absentéisme, etc., ces retours se comptabilisent désormais aussi bien que l’investissement d’aménagement lui-même », illustre Emilie Bobin. « Tout ne se quantifie pas, comme ici le bien-être des salariés qui renforce pourtant l’actif ‘ressources humaines’, ajoute Sylvain Lambert. Mais le 'private equity' nous pousse à cette approche plus financière de l’ESG, dans une optique de création de valeur. L’objectif étant de démontrer que le rapport coûts-bénéfices contribue à la performance durable de la société, et donc à sa pérennisation, par exemple avec la sécurisation des fournisseurs. »

Etat des lieux, construction d’un plan d’actions validé par l’actionnaire et le management : le travail post-deal sur une entreprise en portefeuille est également important, même s’il est conditionné par sa bonne volonté - parfois l’équipe est mandatée directement par les participations pour des missions complémentaires. Enfin, le cabinet accompagne les gérants dans leurs levées de fonds et leurs reportings aux investisseurs institutionnels, au point que ses consultants, notamment les anglo-saxons du réseau international ESG de PwC constitué en 2012, commencent à recevoir les demandes de fonds de pension pour monter leur programme de sélection ESG. 

A lire aussi