L’avis de … Olivier Arroua, fondateur de Selenis, cabinet conseil en stratégie

« Les subventions publiques sont contre-productives »

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Photo : Fotolia

Que pensez-vous de l’engouement général pour la création d’entreprise, avec le soutien du gouvernement ?

Les subventions publiques directes et indirectes au créateur et à la création d’entreprise procèdent de l’idée qu’il faut multiplier les expériences pour sortir quelques pépites un jour. En réalité, cette démarche est contre-productive car elle n’est pas sélective et conduit à dépenser beaucoup d’argent dans des projets mal ficelés, qui ont très peu de chances de réussir. Mais cela ne semble pas être une problématique majeure pour les pouvoirs publics puisque cela permet de sortir ces porteurs de projet des statistiques du chômage sans leur faire prendre de véritables risques. Or être entrepreneur, c’est précisément prendre des risques, assumer ses choix et être responsable de ce que l’on fait.

Que faudrait-il faire pour sécuriser les créations d’entreprise ?

Quitte à mettre de l’argent dans les projets, autant qu'il s'agisse de sommes conséquentes et non de saupoudrage, et sous forme d’avances remboursables, par exemple, mais avec un réel filtre pour n’apporter un support qu’aux projets à potentiel réel. Il faudrait que les entrepreneurs aient l’obligation d’être coachés et accompagnés, ce qui pourrait prendre la forme d’un permis d’entreprendre, car créer une entreprise, cela s’apprend. Pour avoir une chance de réussir, il faut maîtriser la gestion, le marketing, les systèmes d’information, la fiscalité, les réglementations… Savoir s’entourer de gens compétents, comme un expert-comptable ou un avocat, mais aussi être très déterminé et doté d’un optimisme à toute épreuve.

Qui sont les acteurs légitimes pour intervenir dans cet accompagnement ?

Au-delà des réseaux d’entrepreneurs, banquiers et assureurs ont un rôle à jouer en apportant du mécénat de compétences, des réseaux, des coachs, en créant des écoles de l’entrepreneuriat ou même en permettant à leurs salariés de prendre un ticket dans les projets qu’ils accompagnent. Ils peuvent mettre des entreprises en relation, apporter leur caution, les aider à se développer. Mais tout ceci n’est possible que si les grandes entreprises prennent conscience de leur responsabilité dans l’économie française et se décident à agir avec un peu plus de patriotisme.

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