Rencontre avec... Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors et ancien vice-président international du Nyse

« La stratégie indépendante de Nyse Euronext n’est pas suffisante »

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Après l’échec de la fusion Nyse Euronext - Deutsche Börse, peut-on voir une nouvelle vague de consolidation ?

Je pense que la voie d’évolution de cette industrie va être essentiellement une voie de coopération et de connexion car la voie des fusions semble être aujourd’hui peu prometteuse. Surtout, si on attend de faire une acquisition, on risque d’être dépassé. Désormais, un des axes stratégiques est d’améliorer la liquidité et l’efficacité des marchés sans pour autant s’acheter l’un l’autre. Car les grandes fusions sont aujourd’hui bloquées pour des problèmes d’antitrust. Les Bourses vont donc regarder la bonne manière pour accroître leurs offres et se diversifier vers d’autres classes d’actifs car il existe encore des opportunités.

Sur quelles classes d’actifs Nyse Euronext peut-il se développer ?

Outre les produits dérivés aux Etats-Unis, il y a aussi des questions autour des obligations et des matières premières, ainsi que sur le post-trade. Or aux Etats-Unis, avec DTCC, Nyse Euronext n’engrange qu’une faible partie de l’argent sur le post-trade. C’est un enjeu important et, en tant qu’actionnaire de DTCC, Nyse Euronext devrait discuter avec eux sur cette activite. Sur les matières premières, le fait que Nyse Euronext soit en course sur la reprise du LME (London Metal Exchange) constitue également un signal fort envoyé au marché.

Quel regard portez-vous sur leur projet de création d’une chambre de compensation sur les dérivés ?

C’est un positionnement indispensable. La force, aujourd’hui, d’acteurs comme le CME (Chicago Mercantile Exchange) ou Eurex réside dans le fait d’avoir une chambre de compensation. C’est indispensable sur ce segment de marché, car faire uniquement de la négociation sur dérivés tout en dépendant d’un tiers pour le clearing, ce n’est pas très crédible.

Nyse Euronext peut-il poursuivre longtemps cette stratégie indépendante ?

Sur la durée, cela me semble compliqué. Elle n’est pas suffisante. Car si Deutsche Börse est autosuffisant, on ne peut pas dire la même chose pour Nyse Euronext qui est encore un groupe très orienté sur le marché cash actions. Or c’est une activité très concurrentielle et cela ne peut pas être une stratégie de croissance car la concurrence sur les prix est très difficile. Nyse Euronext doit travailler sur son activité dérivés aux Etats-Unis pour espérer concurrencer ses grands compétiteurs.

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