Entretien avec… Michael Turner, responsable de la stratégie globale chez Aberdeen Asset Management

« La sortie de la Grèce de l’Eurozone ne va pas de soi »

le 22/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Stéphanie Salti, à Londres

Quel est le scénario le plus probable en cas de défaut de la Grèce ?

Comme nous le disons outre-Manche, le diable est dans les détails. Le fait qu’il y ait un défaut sélectif ou ordonné ou encore un défaut incontrôlé peut tout à fait changer les choses. Quoi qu’il en soit, le marché est déjà largement préparé à un défaut de la Grèce, notamment en raison de l’incertitude qui règne autour de la décision des bailleurs de fonds (l’Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, NDLR) de verser une nouvelle tranche d’aide à hauteur de 8 miiliards d’euros à la Grèce. Le défaut survenu de manière incontrôlée aura sans doute pour conséquence de limiter l’accès aux capitaux publics, déjà largement en question. Mais la sortie de la Grèce de la zone euro ne va pas forcément de soi, même s’il faudra au pays un temps de réadaptation aux marchés.

Quelles seront les conséquences d’un défaut grec sur les marchés ?

A l’heure actuelle, les valeurs bancaires sont en première ligne et subissent les plus grosses dégradations. Mais il est évident que la situation n’est pas favorable aux entreprises du secteur privé, qui ont toutes les chances de se faire entraîner dans cette tourmente. La volatilité actuelle des marchés s’explique par cette absence de cohérence et de décision unanime face à la crise grecque. Et pour préserver l’intégrité de la monnaie européenne, il est grandement temps d’avoir une harmonisation des vues. D’autant que le risque de propagation à l’Italie ou encore à l’Espagne reste possible. La moindre disponibilité de financement conjuguée au tarissement des sources privées ajoute une pression supplémentaire.

En tant que gérant, comment réagissez-vous à cette situation ?

Nous restons sur une position tout à fait défensive sur les titres que nous possédons, et nous nous sommes assurés contre d’éventuels retours de bâtons en prenant des options. Notre philosophie est de continuer à regarder cela comme une action de faible probabilité mais à très fort impact. Nous naviguons actuellement dans un environnement à très forte volatilité où la moindre déclaration publique a un fort retentissement sur les marchés, ce qui rend difficile tout jugement définitif.

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