L’avis de... Jean-Florent Rérolle*, fondateur du cabinet VienGi, président de l’International Valuation Professional Board (IVPB)

« Les sociétés innovantes posent des problèmes inédits aux évaluateurs »

le 19/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelles méthodes de valorisation préconisez-vous pour ces technos qui font aujourd’hui l’objet d’un « soupçon de bulle » ?

Plus que jamais, une approche multicritère est nécessaire. On peut tout d’abord partir du prix constaté à l’occasion de transactions privées et faire une analyse de type « reverse engineering », qui consiste à identifier le niveau et la croissance des cash-flows futurs qui justifient ce prix. En croisant cette analyse avec une évaluation stratégique et opérationnelle de l’entreprise, on peut porter un jugement sur le caractère réaliste ou non de la valorisation du marché. Si l’on possède une information financière interne plus précise, on doit privilégier une approche par les cash-flows futurs actualisés (DCF - lire la note de bas de page) en simulant plusieurs scénarios. Compte tenu des spécificités de ces entreprises, j’écarterai bien sûr les méthodes patrimoniales et je n’utiliserai qu’avec beaucoup de précaution les comparables.

Mais un tel calcul sur LinkedIn a révélé des prévisions bien optimistes…

Le secteur technologique concentre toutes les difficultés qu’un évaluateur peut rencontrer. Les prévisions sont très incertaines, mais les business models sont aussi très innovants en termes de création de valeur. La difficulté est d’appréhender la valeur créée à l’intérieur de l’entreprise, mais également celle de l’écosystème mis en place. Les échanges entre firmes sont considérables et la dynamique de ces échanges est, par elle-même, créatrice de valeur. On commence à mieux comprendre ces mécanismes par lesquels l’essentiel de la valeur créée provient d’un petit nombre d’entreprises. Et à la différence du début des années 2000, on voit mieux aujourd’hui quel peuvent être les gagnants, à l’instar de Facebook.

La seconde difficulté est d’apprécier les options de croissance future. La volatilité de la valeur traduit une volatilité des positions compétitives. Les entreprises les plus flexibles construisent des options de croissance qui sont intégrées dans les cours. On peut les analyser suivant une démarche optionnelle assez rodée dans le secteur de la pharmacie par exemple. C’est parfait conceptuellement, mais assez complexe à mettre en œuvre. Cela dit, il est probablement plus important de chercher à identifier les éléments explicatifs de la valeur que de trouver le chiffre juste qui reste une illusion.

*Ex-managing director d’Houlihan Lokey

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