Société Générale étend sa toile dans l’énergie en Amérique du Nord

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Sa filiale SG CIB a racheté des « desks » de RBS Sempra et ouvert un bureau à Dallas, mais doit refaire ses preuves en Europe dans ce secteur.

Société Générale voulait jouer dans la cour des grands de l’énergie en Amérique du Nord. Avec le rachat d’actifs de RBS Sempra Commodities, « nous nous hissons dans le Top 3 des banques étrangères aux Etats-Unis sur le ‘trading’ de matières premières », assure Edouard Neviaski, responsable mondial des marchés matières premières chez SG CIB. Auparavant dans la seconde moitié du Top 10, la banque française concurrence désormais Barclays Capital et Deutsche Bank, mais doit aussi affronter des géants locaux, comme JPMorgan. Après le rachat des branches asiatique et européenne de RBS Sempra, la banque de Wall Street a d’ailleurs acquis les portefeuilles américains de transactions non débouclées de cette coentreprise. Elle a en revanche passé son tour sur la vente des desks, soupçonnés d’opérations pour compte propre aujourd’hui interdites aux Etats-Unis. De son côté, SG CIB assure que les traders qui le rejoignent ne s’adonnent pas à de telles pratiques.

En reprenant la plate-forme informatique et 130 collaborateurs de RBS Sempra, le français complète sa gamme dans l’énergie en Amérique du Nord, jusqu’à présent axée sur les financements et les produits de couverture. « Les équipes de RBS Sempra nous permettront d’avoir une offre de services intégrés et de mieux structurer les transactions sur la partie physique, explique Federico Turegano, responsable mondial des ressources naturelles et énergétiques de SG CIB, en charge des opérations de financement. A titre d’exemple, SG CIB pouvait déjà financer une centrale électrique fonctionnant au gaz et permettre à ses clients de couvrir leur risque de prix sur le gaz par des produits dérivés, via ses salles de marché. Avec les équipes de RBS Sempra, nous pourrions jouer un rôle dans la livraison physique du gaz à cette usine ou encore proposer des contrats d’‘off-take’ (d’écoulement de production, NDLR) et organiser la vente de l’électricité produite par l’usine. Cela nous permet d’accroître nos revenus et d’améliorer notre gestion du risque, tout en sécurisant les opérations de notre client. » En outre, « nous bénéficierons des contacts de RBS Sempra auprès des producteurs d’énergie, des sociétés de distribution de gaz et d’électricité, des industriels et des collectivités », indique Edouard Neviaski.

Implantation à Dallas

Les dirigeants historiques de RBS Sempra l’ont quitté en 2009, mais deux des responsables actuels prendront les rênes de l’ensemble des activités de trading de matières premières de SG CIB sur le continent. « Nous allons très rapidement rassembler les différentes équipes à Calgary (Canada) et Houston où nous sommes déjà présents, détaille Edouard Neviaski, qui n’indique pas le nombre des collaborateurs de SG CIB avant la fusion. Dans un deuxième temps, nous rapprocherons le gros des troupes, aujourd’hui à Stanford dans le Connecticut, avec nos ‘desks’ de New York. Nous conserverons aussi les bureaux de RBS Sempra à Toronto et à Denver et son antenne commerciale en Californie ».

A ces nouvelles implantations s’ajoute celle ouverte à Dallas l’été dernier par Federico Turegano. « Nous y avons recruté plusieurs spécialistes du financement des matières premières, notamment des anciens de Fortis (racheté par BNP Paribas, NDLR), indique le responsable. Ils nous ont permis d’étendre notre offre aux distributeurs de produits pétroliers et de gaz de taille moyenne dans l’ouest des Etats-Unis et nous profitons de cette installation pour étoffer notre équipe de ‘reserve-based lending’ (financement de la production pour les besoins de fonds de roulement, NDLR) basée en majorité à Houston. » SG CIB installera aussi sur place dans les prochains mois des professionnels de l’agroalimentaire, troisième domaine d’expertise du groupe derrière l’énergie et les métaux. « Nous avions envisagé d’établir une équipe à Chicago (l’un des principaux pôles du commerce mondial de céréales, NDLR), mais avec celle de Dallas, qui est sur le même fuseau horaire, nous serons en mesure de couvrir l’ouest des Etats-Unis et nous rapprocher de la clientèle sud-américaine. »

SG CIB a aussi ouvert l’an dernier à Genève un bureau pour le financement du négoce (L’Agefi Hebdo du 22 juillet). Dans le trading en revanche, la banque a dû rebâtir sa franchise européenne de gaz et d’électricité, après la reprise par GDF Suez de sa participation dans Gaselys. Opérationnel depuis décembre, SG CIB assure employer déjà à Paris et Londres une cinquantaine de personnes, pour partie venues du front-office de Gaselys. Ce dernier pourrait tout de même faire de l’ombre à ses concurrents après sa fusion avec le courtage d’Electrabel.

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