Société Générale CIB externalise son back office titres

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque d’affaires sous-traite à Accenture ses opérations en vue d’en améliorer la rentabilité dans un contexte de contraintes réglementaires accrues.

L'externalisation des back office franchit un cap. Depuis mi-octobre, Société Générale sous-traite les opérations sur titres de sa banque d’affaires, c’est-à-dire toutes les étapes qui suivent la négociation et précèdent l’intervention des dépositaires. Cette démarche de sous-traitance constitue une première en Europe, tant par les activités qu’elle recouvre que par la structure d’accueil des opérations : la plate-forme Accenture Post-Trade Processing est le premier opérateur non bancaire effectuant les traitements de back office d’une banque d’investissement. « Ce modèle existe déjà aux Etats-Unis et y rencontre un grand succès », indique Philippe Vidal, directeur du secteur des marchés de capitaux d’Accenture en France et au Bénélux.

A la clé, la recherche par la banque d’une rentabilité écornée depuis 2008. « Après les crises récentes, la banque d’investissement se trouve confrontée à de nouvelles contraintes économiques et réglementaires. Il lui faut réinventer de nouveaux modèles pour maintenir sa compétitivité, indique Christophe Leblanc, chief operating officer, banque de financement et d’investissement, banque privée, gestion d’actifs et métiers titres pour Société Générale. C’est dans ce cadre que nous avons revu l’activité de 'back office' titres, relativement standardisée et appelée à le devenir plus encore avec l’harmonisation européenne post-marché. » L’idée d’Accenture est en effet d’héberger sur sa plate-forme les opérations de plusieurs banques et de la sorte les faire bénéficier d’économies d’échelle.

Société Générale ne serait en effet qu’un précurseur parmi les nombreuses BFI (banques de financement et d’investissement) qui se posent la question d’externaliser leur back office. Le mouvement devrait être encouragé par les exigences renforcées de la régulation sur les titres. Société Générale CIB fait notamment l’économie d’un investissement dans de nouveaux systèmes pour se conformer aux nouvelles règles, comme Emir sur le reporting et la compensation, ou au cadre renforcé du règlement-livraison. Actuellement, les acteurs doivent préparer le dénouement en T+2, prévu pour octobre 2014, lui-même anticipant la mise en place de Target 2 Securities à partir de 2016, le système de règlement livraison central européen.

Expérience

Pour voir percer son offre, Accenture table sur son expérience.« Notre savoir-faire en externalisation combiné à notre connaissance de l’industrie des marchés de capitaux nous positionne idéalement pour mettre en place une offre de services destinée à plusieurs BFI », explique Philippe Vidal. En outre, le groupe s’est associé l’expertise de Broadridge Financial Solutions, leader dans la technologie appliquée au post-marché. « Nos capacités technologiques dans le traitement des opérations post-marché sont à l’œuvre depuis une cinquantaine d’années aux Etats-Unis et plus récemment en Europe, indique Tom Carey, chief executive officer, Securities Processing Solutions International, chez Broadridge. Avec Accenture, nous offrons aux banques d’investissement en Europe et en Asie un service intégré. » L’enjeu est d’aboutir à un outil traitant les flux sur un mode plus automatique et pilotant les exceptions plus finement. « Le périmètre fonctionnel recouvre le cycle de vie complet d’une transaction depuis l’étape suivant sa conclusion en 'front office': le traitement va de la confirmation par le ‘middle office' jusqu’à l’enregistrement comptable, précise Philippe Vidal. Avec tous les traitements associés de gestion des données de référence, de traitement des OST [opérations sur titres NDLR], de réconciliations entre autres. »

Côté Société Générale, le chantier a été lancé dès fin 2011, non sans référence là aussi. « Aux Etats-Unis, où le marché est plus standardisé et mature, nous avons déjà externalisé notre ‘back office’ titres en 2011, précise Christophe Leblanc. L’opération présente concerne l’Europe et l’Asie et elle se fond sur notre expérience américaine. » Quelque 250 collaborateurs du groupe, basés à Paris, à Londres et en Inde ont été transférés à la nouvelle structure. « Nous restons en mesure de surveiller l’activité de la nouvelle structure, notamment le risque opérationnel », indique Christophe Leblanc.

In fine, le succès dépendra de la capacité d’Accenture à attirer d’autres clients de façon à mutualiser les coûts. « D’autres acteurs majeurs devraient rejoindre notre plate-forme ; nous avons des discussions avec 12 d’entre eux et elles sont très sérieusement engagées avec trois ou quatre banques, indique Tom Carey. Le lancement de l’opération SG CIB est suivi de près par ces clients potentiels. »

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