Société Générale et BNP Paribas, les BFI en pleine mue

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

La cure d’austérité est moins drastique chez BNP Paribas, en meilleure position que la banque rouge et noire.

Présentation des résultats de BNP Paribas le 15 février. Le groupe a déjà réalisé 40 % du programme de réduction d’effectifs de sa BFI. Photo : Pascal Sittler/REA.

Six millions d’euros de bénéfice imposable, c’est une paille par rapport au milliard d’euros atteint un an plus tôt. Il n’empêche, la banque de financement et d’investissement (BFI) de BNP Paribas sauve la face au quatrième trimestre 2011, alors que Société Générale Corporate and Investment Banking (SG CIB) plonge dans le rouge, avec une perte de 482 millions. SG CIB rejoint les BFI de Deutsche Bank, UBS et Credit Suisse, elles aussi en perte sur la période. « Le quatrième trimestre n’est pas le début d’une tendance », a affirmé Séverin Cabannes, directeur général délégué (DGD) de Société Générale, lors de la présentation des résultats du groupe le 16 février. Comme BNP Paribas, la banque de La Défense assure profiter d’un rebond d’activité.

La situation reste pourtant fragile. Les BFI souffrent depuis l’été dernier du ralentissement économique lié à l’intensification de la crise grecque et aux incertitudes sur la zone euro. La baisse de l’activité commerciale a directement pesé sur les résultats, surtout chez SG CIB (lire l’entretien page 22). En revanche, la réévaluation de la dette propre des deux groupes a permis de contrebalancer les charges non récurrentes de leur BFI au dernier trimestre : les premiers coûts des plans d’adaptation lancés à l’automne (215 millions d’euros chez SG CIB et 184 millions chez BNP Paribas) et les pertes liées à la vente de portefeuilles de crédits et de titres souverains (respectivement 662 millions et 658 millions d’euros). Cette année, la facture va continuer à s’alourdir.

A mi-chemin

Les deux BFI ont entamé un régime express (voir le tableau page 21) pour se conformer aux règles de solvabilité de Bâle III dont les marchés attendent l’application dès 2013. Premier acte, elles ont réduit leurs programmes de financement à long terme et, surtout, leurs ressources de court terme en dollars face à la défiance des fonds monétaires américains. Un coup dur pour les banques françaises, leaders mondiales du financement de l’aéronautique ou des grands projets, libellés en billets verts. Sur le dollar, SG CIB a déjà dépassé son objectif 2013. BNP Paribas a relevé le sien tout en assurant disposer de 19 milliards d’excédents en dollars. « La liquidité n’est plus un problème, estime Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW. Cette année, les efforts seront concentrés sur la restructuration. » Le deuxième acte porte sur la réduction des actifs pondérés du risque via la cession de portefeuilles de prêts sains ou illiquides. BNP Paribas a réalisé la moitié de son plan, plus limité que dans les autres BFI françaises (dont Natixis, CA CIB) qui détiennent toujours des actifs toxiques hérités de la crise des crédits subprime. SG CIB s’est délesté l’an dernier de 16,1 milliards d’euros d’actifs en extinction, soit la moitié de son portefeuille qui comprend encore 5 milliards difficiles à vendre.

Cette adaptation brutale pèse sur les équipes. SG CIB va réduire ses effectifs de 12 %, deux fois plus que son concurrent, avec 1.580 suppressions de postes contre 1.400. Chez BNP Paribas, première BFI française, 40 % du programme a été réalisé fin 2011, principalement aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Asie. « A l’étranger, les contrats locaux licenciés ont dû partir un ou deux jours après les annonces, comme en 2009, raconte Joël Debeausse, délégué syndical national adjoint au SNB CFE-CGC. Il est prévu que la majorité des expatriés de New York, Londres ou encore Singapour rentre dans les semaines suivant la mise en place du plan. Se posera alors la question de leur reclassement. » Pour l’Europe, qui concentre la moitié des suppressions, les départs sont « en cours à Londres et en discussion à Paris », a rappelé Georges Chodron de Courcel, directeur général délégué en charge de la BFI, pendant la présentation des résultats du groupe. « En France, le plan de départs volontaires débutera le 6 mars, juste après l’annonce des bonus », indique Joël Debeausse. Les salariés parisiens devraient connaître la liste des services affectés quelques jours auparavant. Chez SG CIB, elle a déjà été dévoilée en France, mais le plan de sauvegarde de l’emploi débutera seulement le 2 avril. A l’échelle globale, le programme est « peu réalisé à ce stade », selon Séverin Cabannes, hormis aux Etats-Unis.

Modèle de distribution

Un changement de taille est en revanche bien visible. Fin décembre, le patron de SG CIB Michel Péretié a été remercié et remplacé par le directeur financier du groupe, Didier Valet, désormais secondé par Christophe Mianné, responsable des activités de marchés. Chez BNP Paribas, Alain Papiasse reste en place, assisté d’un comité de direction hebdomadaire.

Dans les deux groupes, les dirigeants doivent aussi préparer Bâle III en orientant leur modèle vers la désintermédiation des crédits (L’Agefi Hebdo du 26 janvier). Pour contourner les nouvelles règles de liquidité, ils veulent proposer aux grandes entreprises davantage de solutions obligataires distribuées ensuite aux investisseurs institutionnels. Cette stratégie concernera surtout les financements en euros, notamment chez SG CIB qui reste un acteur mineur sur les marchés en dollars mais pointe à la première place sur les émissions en euros depuis le début de l’année (voir le tableau page 20). Son dispositif dans le fixed income (taux, change et matières premières) reste toutefois plus faible que celui de BNP Paribas. Dans cette division secouée par la crise des marchés, « nous avons refocalisé nos ambitions au dernier trimestre, les activités non cœur sont revisitées, explique Séverin Cabannes. Nous gardons une vision positive à terme sur les marchés actions, qui croîtront plus vite que le reste, mais on réduit la consommation de ressources rares en gardant des positions de leaders, par exemple sur les dérivés actions ». Tous les métiers en balance ne sont pas arrêtés, comme en témoignent « plusieurs dossiers de transfert d’activité vers Bangalore » dévoilés par les élus CGT de Société Générale. Selon eux, la banque est en train de recruter des analystes et économistes en Inde, dont « dix ont d’ores et déjà été embauchés et prennent leurs fonctions en mars ».

Baisse des revenus futurs

Les réformes en cours induiront une baisse de revenus dès 2012. BNP Paribas pense perdre 1,4 milliard d’euros de produit net bancaire (PNB) récurrent par rapport à son niveau de 2010. SG CIB table sur 750 millions d’euros à horizon 2013 et renonce de facto à son objectif annuel de 8 milliards d’euros. « A horizon trois ans, on pourrait progressivement y revenir », espère Séverin Cabannes, tandis que BNP Paribas repousse à 2013 l’annonce d’une nouvelle feuille de route. Les deux établissements anticipent une fonte de 500 millions d’euros de leur résultat brut d’exploitation. « A l’issue de la mise en œuvre de leurs plans d’adaptation, les coûts auront baissé au mieux moitié moins que le PNB perdu par la réduction du bilan, précise Fabrice Asvazadourian, coresponsable mondial des services financiers chez Roland Berger. Le résultat net annuel diminuera structurellement de 300 à 600 millions d’euros pour chaque banque française. Les BFI ne voient pas encore comment renouer avec des RoE (rendement des fonds propres, NDLR) supérieurs à 10 %, le niveau minimal pour des activités par nature plus volatiles que la banque de détail. Elles devront sans doute réduire davantage les coûts, continuer à arbitrer des activités et poursuivre les efforts de ‘repricing’ (hausses de prix, NDLR), même si la marge de manœuvre me semble moindre en la matière. » SG CIB, traditionnellement plus aventureux, acceptera-t-il ce nouvel état de fait ? « Bien que l’environnement actuel ne soit clairement pas favorable et compte tenu de la rentabilité plus élevée du rival traditionnel BNP Paribas, nous craignons que les pressions croissantes du marché n’incitent la banque à recommencer à prendre des risques afin d’améliorer sa rentabilité », écrit Elie Darwish, analyste chez Natixis Securities.

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