Skadden Arps persévère dans une croissance purement organique

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’heure des rapprochements entre cabinets d’avocats, l’américain continue à grandir seul, même en France où il se dote de nouvelles expertises.

C’est l’un des paradoxes du cabinet d’avocats d’affaires américain Skadden Arps. Classé, en 2012, numéro un mondial du conseil en fusions-acquisitions (voir le tableau), il est loin d’être un adepte des rapprochements en ce qui le concerne. Depuis sa création en 1948, à New York, Skadden Arps n’a jamais fusionné ou acquis un autre cabinet, contrairement à nombre de ses concurrents. « Skadden Arps est devenu numéro un mondial sans se rapprocher d’un autre cabinet d’avocats, déclare Pierre Servan-Schreiber, responsable du bureau parisien de Skadden Arps. Il n’a jamais fusionné, et n’a pas l’intention de le faire au cours des prochaines années. »

Le cabinet, qui compte désormais 23 bureaux au total, en Amérique, en Europe et en Asie, et 1.800 avocats dont 400 associés, a grandi en recrutant des avocats, un par un. Car « nous sommes très attachés à notre culture maison. Rejoindre Skadden Arps, c’est rejoindre avant tout une équipe, et nous ne voulons pas dissoudre cette culture dans celle d’un autre cabinet », explique Pierre Servan-Schreiber, qui a intégré le cabinet en 2000. Fusionner serait par ailleurs un exercice difficile dans le secteur, de son point de vue : « La dimension humaine est primordiale dans notre métier, qui est avant tout un métier de service. La qualité de notre cabinet dépend de chaque associé. Aussi les fusions peuvent-elles avoir des effets terribles, comme l’illustre la faillite de l’américain Dewey Leboeuf issu d’une telle opération. »

En France, Skadden Arps a la même posture alors que plusieurs cabinets américains songent à des rachats. « Nous n’envisageons pas de rapprochement avec un cabinet français, affirme Pierre Servan-Schreiber. Mais nous regardons, en revanche, les opportunités en matière de recrutements. » Implanté à Paris depuis 1991, Skadden Arps y compte actuellement 25 avocats qui travaillent essentiellement dans le conseil en fusions-acquisitions. Sa taille ne lui permet pas de figurer parmi les dix premiers cabinets en fusions-acquisitions. « Nous sommes relativement petits, mais nous disposons de la puissance de feu d’un leader mondial, précise Pierre Servan-Schreiber. Nous pouvons faire appel à nos bureaux de Londres, Bruxelles ou New York quand nous en avons besoin. En 2006, quand nous avons conseillé Arcelor face à Mittal, jusqu’à 100  avocats de Skadden Arps ont, à un moment donné, travaillé sur ce dossier à nos côtés. »

La présence mondiale de Skadden Arps est un atout déterminant pour le bureau parisien auprès des grandes entreprises qui s’internationalisent. Elle lui permet aussi d’obtenir des dossiers, apportés par des bureaux implantés à l’étranger. Recommandé par le bureau de Londres, Skadden Paris a ainsi été choisi par la banque grecque Alpha Bank, afin de la conseiller dans l’acquisition d’Emporiki auprès du Crédit Agricole. Pierre Servan-Schreiber travaille depuis des mois sur cette opération très complexe.

Domaines d’intervention élargis

Dans un contexte de baisse du marché français des fusions-acquisitions, le chiffre d’affaires du cabinet a légèrement baissé en 2012 dans l’Hexagone, après s’être établi à 26 millions d’euros en 2011. Pour 2013, Pierre Servan-Schreiber ne voit pas un retour des grandes OPA (offres publiques d’achat). « Les pays occidentaux vont cependant continuer à se développer vers les pays émergents, et ces derniers à faire des acquisitions en Occident, ce qui devrait soutenir le marché », estime-t-il.

Dans cet environnement, le bureau parisien de Skadden a décidé d’élargir ses domaines d’intervention. Il s’est développé dans le contentieux, depuis un an. « Avec la crise, l’activité de contentieux est en forte croissance, car les autorités sont devenues plus regardantes en matière de réglementation, et le contrôle de la conformité se développe dans les entreprises », souligne Pierre Servan-Schreiber, qui se dit ouvert à des opportunités de recrutement dans ce domaine. Parmi ses clients figurent plusieurs grandes banques françaises, dont Société Générale pour « l’affaire Kerviel ». Enfin, le cabinet a ouvert, il y a un peu plus d’un an, un département de droit social français et international.

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