Serge Savasta soutient les énergies renouvelables chez Omnes Capital

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Les fonds Capenergie optent depuis sept ans pour un positionnement unique alliant capital-développement et financement de projets

Envies de développements. Diplômé de l’Ecole spéciale des travaux publics (ESTP), Serge Savasta aurait pu reprendre la PME familiale spécialisée en conseil géotechnique, où il fit plusieurs stages d’été, souvent sur des chantiers. «Mais entre les risques juridiques et les perspectives limitées, mon goût pour la technique n’était pas suffisant pour y rester», avoue-t-il, expliquant son attrait pour la finance et un stage de fin d’études à la Société Générale… qui débouchera sur un premier job au Crédit Lyonnais, plus convaincant en termes d’ «aventure». Après les salles de marchés, comme consultant en systèmes d'informations, il rejoint les financements structurés (shipping finance). Le rachat par Crédit Agricole et la signature d’un beau contrat l’aident à convaincre sa hiérarchie de lui payer le MBA de HEC à l’issue duquel le private equity apparaît comme une voie naturelle. Fabien Prévost, déjà patron de Crédit Agricole PE, lui propose d’accompagner, en 2006, le lancement d’un fonds dédié aux énergies renouvelables (EnR), aux côtés deux autres directrices de participations, dont Bérengère Corson-Vanlerberghe, aujourd’hui la plus «ancienne» de l’équipe. Capenergie I atteindra 109 millions d’euros au closing fin 2007, après un premier investissement dans Aérowatt.

Stratégie duale

Avec 27 investissements représentant plus de 500 MW de capacité de production, quatre sorties et un deuxième fonds de 134 millions, l’équipe est désormais composée de cinq professionnels en front-office, en plus des fonctions supports depuis peu associées aux commissions de surperformance (carried interest) pour tous les fonds de la société de gestion Omnes Capital (ex-Crédit Agricole PE), devenue indépendante. La stratégie d’investissement n’a pas vraiment changé. «Nous sommes toujours sur deux métiers : des participations minoritaires dans les sociétés qui développent des projets (comme Urbasolar, Exosun, Ikaros Solar, Aérowatt, Valorem, Neoen, Elettrostudio…) ; des participations majoritaires dans les sociétés de projet sous-jacentes (Solar Participations, Elettrostudio Energia Infrastructure, PI Energy…), souvent aux côtés des premières qui n’ont pas les capitaux nécessaires pour s'engager seules», explique Serge Savasta.

Un positionnement unique, avec deux expertises rares au sein d’une même équipe. «Investir directement dans les technologies (souvent cotées) était trop risqué, et investir uniquement dans les infrastructures post-appels d’offres, sans accès privilégié, était moins créateur de valeur. Nous avons fait le choix d’accompagner les porteurs de projets en amont, puis ensuite les projets en aval», poursuit l’ingénieur. Sachant que si un projet est bon, y entrer seulement après l'appel d'offres peut s’avérer jusqu’à dix fois plus cher.

La proportion de deux tiers des investissements en capital-développement et un tiers en infrastructures dans le fonds I s’est inversée pour Capenergie II. Au point que l’équipe lève depuis peu un petit fonds de co-investissement pour financer les projets d'infrastructures (toujours avec des tickets de 5 à 15 millions d’euros) dans lesquels ses quatre participations minoritaires (65 millions) ont contribué à lui ouvrir environ 100 millions de droit de co-investissements potentiels en financement de projets. La proportion en faveur des infrastructures devrait encore croître à l’avenir, dès 2014, avec un marketing adapté aux contraintes des institutionnels (dont toujours les caisses du Crédit Agricole).

L’équipe a donc mûri sa stratégie en l’élargissant à partir de 2008, en plus des énergies éoliennes et solaires (souvent intermittentes), à la biomasse (Methaneo, Futuris), à l’hydroélectricité (UNITe), à la géothermie, etc. Sans déroger à l’idée d’une diversification des sources de revenus. L'objectif est de réaliser de 1,7 à 2 fois la mise avec d’une part, la plus-value sur l’entreprise développée; d’autre part, la captation de valeur sur l’infrastructure financée avec une approche prudente («greenfield to brownfield») s'appuyant surtout sur une prévision précise des cash-flows à long terme, même avec un rachat à moyen terme. «Avec un marché de l’énergie renouvelable en proie à la déréglementation, nous cherchons de la profondeur et de la diversification à l’international, mais à partir de Paris afin d’éviter qu’une équipe locale n’investisse trop, sans recul», ajoute Serge Savasta, pour expliquer les recrutements du Belge Marc-Philippe Botte (ex-M&A chez Fortis et BNP Paribas) et de l’Austro-Américain Michael Pollan (ex-financements de projets chez Natixis Environnement), en plus d’un jeune ingénieur (Laurent Perret).

Porteurs de projets

«Nous regardons 150 à 200 dossiers d’investissement par an, pour quatre à cinq transformations selon un processus assez semblable à d’autres fonds», développe Marc-Philippe Botte : analyse du dossier, en particulier de la création de valeur potentielle (développements, build-ups, revente…), instruction, offre non engageante proposée en pré-comité d’investissement, puis en comité d’investissement, vote à l’unanimité… Le binôme (avec toujours un gérant senior) ayant mené ces due diligences (en interne) suivra la participation pendant toute sa vie. «Nous travaillons en open space, donc en totale transparence sur tous les dossiers», insiste Michael Pollan.

Une approche des projets très en amont nécessite moins de capital, mais aussi plus d’analyse et des compétences techniques/sectorielles permettant aux gérants de parler d’égal à égal avec les ingénieurs dans les sociétés de projets. «Rendements énergétiques, problématiques environnementales, changements réglementaires… Nous sommes capables d’intervenir en joint-venture ou même seuls», note aussi Bérengère Corson-Vanlerberghe qui a, depuis 2010, la mission de structurer ainsi des projets d’infrastructures au sein des deux holdings spécialisées : Eole Infrastructures (déjà 46 MW) et Solar Infrastructures (112 MW). «Ces holdings peuvent aussi nous permettre de faire travailler d’autres participations aux compétences complémentaires», explique Marc-Philippe Botte. Avec la seconde, l’équipe a gagné en 2011, devant de grands industriels de l’énergie, l’appel d’offres pour équiper les toitures des bureaux de La Poste en panneaux photovoltaïques, notamment en garantissant à l’institution un alignement d’intérêts via une part au capital des sociétés de projets créées pour l’occasion. «Nous regardons toujours le projet industriel avant le financement, même si la recherche d’un montage optimal et sa structuration font aussi partie du travail», confirme Marc-Philippe Botte, avant d’évoquer le récent partenariat avec l’italien Futuris dans la biomasse – là encore avec une approche unique, sur un marché des capitaux destinés aux EnR qui s’est considérablement rétréci en Europe.

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