Sécuriser le marché du repo requiert une révision des infrastructures

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Les opérateurs ont conçu un projet ambitieux pour la place de Paris afin de mieux gérer les fonds remis en garantie des opérations interbancaires.

C’est un projet de taille conséquente ayant nécessité pratiquement une année de travail », annonce Caroline Derocle, chef de produit chez Euroclear France en évoquant le service de repo tripartite qui vient d’être lancé. Euroclear France a de fait été moteur dans la mise au point d’une nouvelle offre au marché des pensions livrées : dans les opérations de crédit court terme interbancaire, les dépôts de garantie (collateral) peuvent désormais être gérés par un tiers, au lieu de seulement faire l’objet d’accords bilatéraux. De quoi sécuriser les opérations puisqu’Euroclear France va intervenir comme tierce partie dans les échanges et gérer, de façon complètement automatisée, le collateral échangé. « C’est un projet à l’initiative de la place de Paris sous l’impulsion du Haut Comité de place, et avec l’appui des banques, de la Banque de France et des infrastructures de marchés, Euroclear France et LCH.Clearnet SA, précise Caroline Derocle. Il vise à automatiser et sécuriser les opérations de prêts de liquidité. » Concrètement, les banques peuvent déposer chez Euroclear France, en tant que dépositaire central français (CSD), des titres servant de collateral pour des transactions de refinancement. Euroclear France gérera alors les opérations de collateral (évaluations, livraisons, appels de marge…). Ce projet est d’autant plus important pour la place de Paris que Clearstream, opérateur concurrent d’Euroclear, a déployé une telle offre au niveau européen en s’appuyant sur des dépositaires nationaux, où les actifs doivent être déposés pour être éligibles pour des opérations de refinancement auprès de la Banque centrale européenne (BCE). « Ce projet s’inscrit dans un souci de compétitivité pour la place de Paris », souligne Caroline Derocle.

Euroclear Bank, maison mère d’Euroclear France, a développé, il y a une quinzaine d’années, un outil maison, AutoSelect, permettant d’allouer et de gérer automatiquement le collateral dans des opérations impliquant Euroclear Bank. Sur la base de la tenue de position, AutoSelect permet d’identifier le collateral disponible, de gérer les transferts entre les parties prenantes et de générer le reporting sur l’activité de collateral. Mais Eses (Euroclear Settlement of Euronext-zone Securities), la plate-forme de règlement-livraison d’Euroclear France, lancée en janvier 2009, n’était pas équipée de ce genre de fonctionnalité. « Nous avons donc repris AutoSelect pour l’intégrer à la plate-forme de dénouement Eses, rapporte Caroline Derocle. Cela a nécessité un gros travail d’intégration. En outre, nous avons développé une nouvelle fonctionnalité. Un établissement bancaire ayant reçu des titres en ‘collateral’ peut les réutiliser dans le cadre d’une autre opération de crédit. Cela implique de tracer toutes les opérations si le ‘collateral’ a été utilisé plusieurs fois, s’il a fait l’objet d’une substitution, s’il a été restitué, si le terme est échu… »

Interopérabilité

Dans un premier temps, cette nouvelle offre concerne uniquement le refinancement par la Banque de France de collateral utilisé en repo tripartite. Pour le mois de février 2012, le service sera étendu au secteur bancaire français afin d’automatiser le traitement des mouvements de collateral liés aux pensions livrées interbancaires et toutes les autres transactions utilisant des titres détenus auprès du CSD français en tant que collateral. « La phase d’analyse et de spécifications est en cours, et les tests utilisateurs débuteront en janvier », annonce Caroline Derocle. Avec, en perspective, une interopérabilité entre Eses et la plate-forme d’Euroclear Bank. « Cela va nécessiter un effort d’interfaçage et d’intégration pour que les deux plates-formes puissent communiquer, générer des ‘reportings’ cohérents à destination de contreparties détenant ou recevant le ‘collateral’ sur deux plates-formes distinctes », poursuit-elle. Si ce projet est d’importance chez Euroclear, d’autres acteurs du marché ont été beaucoup moins impactés en termes de développements informatiques. « Cette première phase du projet a représenté peu de travail sur nos plates-formes, 25 jours/homme de développement, fait savoir Daniel Pascaud, responsable de la ligne opérationnelle Conservation du groupe Caceis. Nous envoyons un message Swift à Euroclear pour mettre en place la pension. Puis Euroclear nous renvoie des messages Swift d’ajustement de ‘collateral’ et nous procédons aux ajustements sur le compte de nos clients. » En revanche, les développements vont être importants pour LCH.Clearnet, l’opérateur de la chambre de compensation qui viendra garantir les transactions à partir de juin 2012, ce qui représentera la troisième phase du projet de place (voir le schéma).

Plates-formes de trading

« En tant que chambre de compensation, nous apporterons trois éléments, annonce Pierre-Dominique Renard, directeur en charge des marchés, des clients et des infrastructures chez LCH.Clearnet SA. Tout d’abord des contrats standardisés, c’est-à-dire une liste de titres éligibles pour lesquels sont fixés un certain nombre de critères en termes de ‘rating’, de concentrations… pour l’ensemble des utilisateurs. Le second élément est la garantie de bonne fin des opérations. Et le troisième est la garantie de l’anonymat au niveau du ‘trading’ grâce à notre interposition en tant que chambre de compensation. » LCH.Clearnet va travailler avec les opérateurs de plates-formes de trading Brokertec et MTS. Le recours à ces plates-formes d’achat/vente de titres d’Etat et de repo permettra ainsi de multiplier les possibilités de contreparties. « Un premier gros travail sera de faire évoluer notre algorithme de gestion des risques, prévient Pierre-Dominique Renard. Car nous devons être capables d’avoir une photographie très précise, à tout moment, des titres apportés réellement en ‘collateral’, en tenant compte des possibilités de substitution, pour pouvoir les restituer en cas de liquidation d’un portefeuille. » Autre chantier d’importance : LCH.Clearnet SA n’est pas interfacé avec Autoselect. Au-delà des aspects informatiques, le processus de liquidation des portefeuilles devra aussi être revu. « Nous devons impliquer nos clients utilisateurs du service dans la liquidation de portefeuilles complexes avec de nombreux sous-jacents. Cela relève à la fois de l’organisation, du juridique et des outils informatiques, ajoute Pierre-Dominique Renard. Nous sommes déjà en recette des premières livraisons de la plate-forme technique. » Et parallèlement, LCH.Clearnet SA est engagé dans une refonte de son outil de compensation pour le fixed income et les repo. « Fin 2012, l’ensemble de l’activité (dettes française, italienne et espagnole) basculera sur RepoClear, la plate-forme actuelle de LCH.Clearnet Ltd, choisie pour supporter les produits ‘fixed income’ du groupe », conclut-il. L’ensemble des chantiers représentera plusieurs milliers de jours/homme de développement.

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