Le secteur privé trace ses premiers sillons dans les obligations vertes

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

EDF vient d’émettre un "green bond" lui permettant d’attirer de nouveaux investisseurs. Ce marché pourrait rapidement se développer.

C'est une nouveauté dans le discret marché des obligations vertes (green bonds). EDF est la première entreprise à émettre ce type d’instrument en euros. Elle vient de s’y initier avec une opération de taille. « Notre objectif initial était de lever un milliard d’euros, indique Carine de Boissezon, directeur investisseurs et marchés chez EDF. Le carnet d’ordres ayant atteint 2,8 milliards, nous avons décidé d’émettre 1,4 milliard.  » Un green bond est une obligation dont les fonds levés servent à financer des projets définis, générant un bénéfice environnemental ou social direct. « Lors de notre présentation aux investisseurs, nous avons mis en avant trois projets », indique Carine de Boissezon, menés par EDF Energies Nouvelles dans les énergies renouvelables : un dans l’éolien onshore dans la région de Perpignan, un autre dans le désert californien dans le solaire et un dernier au Canada dans l’éolien.

Les critères et l'affectation des fonds passés au crible

Les green bonds sont un marché de niche de 20 milliards de dollars, mais en pleine croissance. Depuis le début de l’année, le montant des émissions s’élève à 8,7 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros). Il est encore dominé par les banques de développement internationales. « Les investisseurs attendaient une première opération d’une grande entreprise », souligne Tanguy Claquin responsable sustainable banking chez Crédit Agricole CIB. « Il s’agit d’une documentation obligataire standard, sous programme EMTN (‘euro medium term notes’), avec des éléments de structuration supplémentaires qui en font un titre adéquat pour les investisseurs ISR », ajoute Hugues Delafon, responsable Debt Capital Markets pour les clients entreprises européennes chez Crédit Agricole CIB. L’affectation des fonds est précisée dans la documentation. L’éligibilité des projets par rapport aux critères étant vérifiée par l’agence extra-financière Vigeo. Une fois le financement réalisé, le cabinet Deloitte vérifie que les fonds ont bien été utilisés pour le projet et délivre une attestation.

A l’instar des titres jusque-là émis par les organismes supranationaux, EDF a repris le système de reporting précis sur les projets ciblés. « Ces titres constituent en cela un nouvel axe de développement pour l’investissement responsable, se basant sur la finalité de l’investissement et plus seulement sur les qualités ESG [environnemental, social et de gouvernance] de l’émetteur », souligne Novethic dans une étude. Pas moins de 60 % de l’émission a ainsi été souscrite par des investisseurs intégrant des critères ESG dans leur gestion. « Cela nous a permis d’étendre notre base d’investisseurs et de diversifier nos sources de financement en mettant en face de nos actifs et besoins d'investissement de nouveaux types de financement adaptés comme nous l’avions déjà fait début 2013 avec l’émission de plusieurs tranches d’obligations hybrides », explique Carine de Boissezon.

La forte demande pour cette obligation a permis à EDF de fixer son prix en bas de la fourchette annoncée avant l’ouverture du livre d’ordres. « Le coupon de 2,25 % avec cette maturité de financement résulte d’un ‘pricing’ parfaitement en ligne avec celui d’une obligation EDF classique », souligne Hugues Delafon. Un prix satisfaisant pour EDF dont le coût moyen de financement obligataire est de 3,9 % à fin juin. Dans ce type d’émission nouvelle, le marché a tendance à réclamer une petite prime. L’électricien a toutefois dû réaliser un important road show auprès d’une centaine d’investisseurs en Europe pour expliquer l’opération, ce qu’il n’aurait pas dû faire pour une émission d’obligation classique sur la même maturité.

Se positionner à long terme

L'ensemble des projets identifiés par EDF Energies Nouvelles qui pourraient bénéficier de ces fonds représentent 1,5 milliard d’euros à l’horizon 2014, soit un peu plus que le montant levé lors de cette opération. Autant dire que l’électricien compte émettre d’autres instruments de ce type. « L’idée n’était pas de faire un ‘coup’ mais de se positionner pour, à terme, élargir ce type d'instruments à d'autres compétences du groupe », justifie Carine de Boissezon qui cite des projets futurs dans l’hydraulique ou l’efficacité énergétique.

« Le marché des obligations vertes est en plein développement. Plusieurs émetteurs potentiels sont sur les rangs », ajoute Tanguy Claquin qui ne dévoile pas de nom. L’appétit des investisseurs pour les produits de rendement devrait assurer l’animation du marché d’autant qu’ils peuvent obtenir pour le rendement d’une obligation classique la couleur verte qui sied à leur portefeuille. « Ce développement doit s’accompagner d’un suivi attentif des projets financés et de leur impact afin de ne pas tomber dans le ‘green washing’ », souligne néanmoins Novethic.

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