Le scandale de trop

le 19/07/2012 L'AGEFI Hebdo

En replaçant ses pires errements au centre de l’attention universelle, cinq ans après le déclenchement de la crise financière, l’affaire du Libor constitue pour le monde bancaire une menace majeure. Il est vrai que la City est la cible principale des attaques : l’indignation publique sans précédent que suscitent en Grande-Bretagne les manipulations chroniques du taux-pivot de la finance mondiale montre à quel point le très gros pari pris par le gouvernement britannique sur la seule industrie financière est risqué, surtout à l’heure où l’union bancaire qui s’érige face à elle va déplacer vers le continent le barycentre de la régulation en Europe.

Pour autant, la « Schadenfreude » qui s’exprime avec une discrétion très relative dans certaines places étrangères, pas mécontentes de voir Londres en rabattre un peu de sa superbe, est à bien courte vue. Car à scandale planétaire, réaction planétaire : le déclenchement simultané d’enquêtes par les grands régulateurs mondiaux laisse prévoir non seulement de lourdes amendes et, le cas échéant, de nombreux et coûteux contentieux, mais encore de nouveaux tours de vis réglementaires. La décision du commissaire européen Michel Barnier d’inclure des dispositions spécifiques dans la directive abus de marché n’est sûrement pas la dernière conséquence en la matière à redouter de cette affaire.

Qu’il s’agisse de l’influence démesurée et irresponsable prise par des « traders » dans certaines banques d’investissement ou de l’incapacité, volontaire ou non, des systèmes de contrôle interne à détecter leurs pratiques puis des directions générales à y mettre bon ordre, la liste des dysfonctionnements, pour ne pas dire pis, mise en lumière est confondante. Qui sait ce que les enquêtes ouvertes de tous côtés mettront encore au jour ? Pour le monde des banques d’affaires, voici rouverte une ère de tous les soupçons.

Cette affaire tombe mal pour les acteurs français qui s’apprêtent à affronter une vague de réformes structurelles promise par François Hollande. A supposer même qu’ils sortent indemnes des investigations en cours, ce qui n’est pas acquis, le courant qui prône une césure radicale entre activités de réseau d’une part, et de financement et d’investissement de l’autre, va notamment trouver dans ces événements des arguments puissants. Face à eux, les établissements nationaux pourront certes mettre en avant une culture du profit sans rapport avec celle en vigueur à la City ou à Wall Street, la solidité de leur modèle économique et leur capacité éprouvée à maintenir ouvertes les vannes du crédit aux pires moments de la disette financière. Mais la joute s’annonce rude. L’appui discret de la Banque de France et du Trésor, tout acquis au type de banque universelle à la française, ne sera pas de trop pour que la bataille législative qui s’annonce soit livrée sans trop de dommages.

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