« Say on bonus »

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Chaque saison des bonus suscite son lot de polémiques et ce mois de mars 2014 ne fait pas exception. Cette fois-ci, c’est sur les banques anglaises que l’on jette l’opprobre. Toutes, au-delà même de ces dernières, voient leur politique de rémunération examinée à la loupe. Sujet éminemment public, voire populiste, nul ne peut rester serein dans ce débat sur les rémunérations variables. Après six années de crise, on peut toutefois faire quelques constats.

Il est indéniable que les régulateurs ont réussi leur mission : réduire drastiquement le niveau des rémunérations variables dans le secteur financier en Europe. C’est d’ailleurs un des points les plus aboutis de leur effort de régulation des établissements financiers. Accusées d’être à l’origine de prises de risques excessives ayant conduit à mettre en danger le secteur dans son ensemble, voire l’économie réelle, les rémunérations ne sont pas près d’atteindre les sommets de 2006 ; leur encadrement est en cours, tant pour la définition de leur structure que de leur montant (lire L’événement p. 8). Leur distribution est étalée dans le temps et, surtout, des plafonds seront institués dès 2015. Un cadre qui sera forcément contourné, on peut faire confiance à l’imagination débridée des financiers sur ce sujet. Mais les débordements relèveront de l’exception.

Pour autant, le bonus reste au cœur du système. La finance, dans sa partie banque de financement et d’investissement, est un monde ultra compétitif, constitué de peu d’acteurs et où la chasse aux talents est constamment ouverte. Pouvoir les récompenser est indispensable pour qui veut rester dans la course, même s’il n’est plus question de concurrencer les acteurs anglo-saxons sur les places américaines ou asiatiques, beaucoup plus souples malgré les efforts louables de la loi Dodd-Franck. Les régulateurs semblent en avoir pris leur parti.

Enfin, la matrice des parties prenantes est cette année bouleversée. Déjà complexe – elle inclut les heureux bénéficiaires, leurs collègues moins chanceux et les milliers d’employés des établissements financiers, les patrons, les superviseurs, les régulateurs, et enfin l’opinion publique, pour ne pas mentionner les politiques –, elle va désormais accueillir les actionnaires, auxquels la directive européenne sur les émoluments accorde une place d’importance.

Une banque qui n’a pas rempli son objectif de rentabilité du capital, ou qui voit ses bénéfices diminuer, pourra-t-elle continuer à distribuer des primes mirifiques ? Ce sera désormais aux actionnaires de trancher. A cet égard, la saison des assemblées générales qui s’ouvre, notamment outre-Manche, va leur en donner l’occasion.

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