L'invitée de L'Agefi

La sauvegarde financière accélérée, un secours bienvenu mais tardif

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Si les entreprises restructurées ces deux dernières années vont renégocier leurs dettes, elles devront aussi se restructurer fondamentalement.

Par Sophie Moreau-Garenne, managing director, Duff & Phelps, département restructuring et performance financière

De nombreuses restructurations menées en 2008 et 2009 dans le cadre de procédures amiables se sont conclues par la signature de protocoles prévoyant un gel des remboursements pendant 12 à 18 mois. Parallèlement, de nombreux secteurs d’activité n’ont pas encore renoué avec une croissance franche et certaine. La procédure SFA (sauvegarde financière accélérée, NDLR), faisant partie de la loi de régulation bancaire et financière publiée le 23 octobre 2010 et qui entrera en vigueur au 1er mars 2011, arrive donc à point nommé pour les besoins de restructurations financières de 2011.

Mais attention, le dispositif concerne seulement les entreprises engagées dans une procédure de conciliation en cours, employant plus de 150 salariés, réalisant un chiffre d’affaires de plus de 20 millions d’euros, justifiant de difficultés surmontables sans pour autant être en cessation des paiements et ayant déjà élaboré un plan crédible pour assurer leur pérennité, déjà approuvé par les principaux créanciers.

Cependant, quels seront les vrais dossiers de restructuration financière, à savoir ceux qui nécessitent un réaménagement de leur financement - sans pour autant toucher à la structure opérationnelle - après ces dernières années sans croissance ? Peut-on considérer que les dossiers qui reviennent sur la table des négociations pour une seconde fois relèvent toujours du domaine de la restructuration purement financière ?

La SFA permettra d’engager le redressement de l’entreprise avec le soutien de la majorité de ses créanciers financiers dans un délai plus court, afin d’échapper à l’incertitude d’une procédure de sauvegarde classique longue et risquée. Cette loi se situe dans la continuité des mesures de prévention, confidentielles et amiables (mandat ad hoc et conciliation), qui « sanctuarisent » et préservent l’opérationnel : salariés, clients, fournisseurs. Toutefois, si les performances de l’entreprise restent en dessous d’un seuil suffisant pour couvrir les reprises des remboursements, il faudra inéluctablement passer par une restructuration opérationnelle : car quand le véhicule n’a pas suffisamment d’essence pour avancer et prend systématiquement sur ses réserves, c’est le moteur qui finit par flancher.

Dès lors, à quels types de dossiers risque-t-on d’être confronté ?

Premièrement, il s'agira des dossiers traités en procédure amiable au cours des deux dernières années et qui prévoyaient la reprise des remboursements en 2011. Si les performances de l’entreprise restent en dessous d’un seuil suffisant pour couvrir les reprises de remboursements d’emprunts et de moratoires, elle va devoir repartir dans un processus de négociation. Il faudra alors s’interroger sur le travail qui a été mené dans l’intervalle pour adaptater le modèle de l’entreprise aux difficultés conjoncturelles : la structure de coût a-t-elle été travaillée, la profitabilité améliorée et le BFR (besoin en fonds de roulement, NDLR) optimisé ? Ou alors se retrouve-t-on dans une situation relativement identique à celle qui avait conduit à conclure les précédentes négociations ? Auquel cas il faudra passer par une restructuration opérationnelle et ne pas se limiter uniquement à la restructuration financière, car quand bien même l’activité repartirait, les partenaires doivent faire le constat que le moteur est usé, peu flexible, et qu’il y a de grandes chances qu’il expire au prochain à-coup.

Deuxièmement, s'agissant des dossiers qui arrivent pour la première fois à la table des négociations, il faudra s’assurer que le management aura fait suffisamment d’efforts pour adapter son modèle économique aux difficultés conjoncturelles. En effet, ces dernières années ont démontré que la restructuration financière seule - qui améliore la structure bilancielle dans un laps de temps plus ou moins court - ne peut résister aux aléas conjoncturels que si un vrai travail a été mené sur l’optimisation du BFR, la rationalisation des coûts et l’amélioration pérenne de la profitabilité, autrement que par le simple allègement du poids de la dette.

Si la loi SFA correspond donc à une attente du marché pour faciliter les restructurations financières, son arrivée tardive après deux bonnes années de crise lui enlève une bonne part de son à-propos, les dossiers actuels appelant surtout des restructurations industrielles.

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