Entretien avec... Philippe Messager, président de l’AFTE*

« Les rumeurs de défiance me semblent infondées »

le 20/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Y a-t-il lieu de s’inquiéter des conséquences qu’aura pour le crédit aux entreprises la crise actuelle qui secoue les banques ?

En matière de financement, toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Depuis longtemps, les grandes entreprises ont accès aux marchés des financements désintermediés. Certes, elles ont besoin de lignes de liquidité bancaires pour garantir leurs émissions de papier commercial (back-up lines). Mais il ne semble pas, en dehors de quelques cas bien identifiés, que les entreprises éprouvent le besoin de tirer sur leurs lignes pour « tester » les banques. Quant aux entreprises de taille intermédiaire ou petite, elles trouvent le financement dont elles ont besoin dans le cadre de relations suivies et nourries avec leur(s) banque(s). En cas de besoin supplémentaire, il leur est sans doute difficile de solliciter de nouveaux financeurs. Dans un futur proche, la question du financement bancaire me paraît finalement moins problématique pour les entreprises, quelle que soit leur taille, que celle de leur financement en fonds propres. Et ce en raison des cours des actions et des contraintes rédhibitoires que Solvabilité II fait peser sur les investisseurs institutionnels. Comment justifier, pour un investissement en actions cotées, la mobilisation de 39 % de sa valeur en fonds propres et 49 % pour des actions non cotées ?

Les entreprises ont-elles revu leur risque de contrepartie bancaire ?

Toute entreprise convenablement gérée suit son risque de contrepartie, surtout dans le cadre de ses placements. De fait, la question se pose de savoir s’il faut aller jusqu’à exclure des banques de ses contreparties. Notons, pour apprécier cette question, qu’à notations équivalentes, les banques commerciales ne peuvent être comparées à des banques d’investissement, axées sur les activités de marché pour compte propre. On peut légitimement supposer qu’un Etat n’aura pas la même attitude en cas de problème à l’égard de l’un ou l’autre de ces deux types d’établissements. Les nombreuses rumeurs qui ont circulé sur la défiance des quelques grands groupes à l’égard des banques françaises me semblent infondées

*Association française des trésoriers d’entreprise

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