Entretien avec... Patrice Tourlière, vice-président de l’AFTE*, président de son club « notation », et directeur financement, trésorerie et assurances de Lafarge

« La rotation des agences nuirait à la qualité de la notation »

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Par Jérémie Marais

Pourquoi êtes-vous opposé à la rotation des agences de notation ?

La Commission européenne fait comme s’il y avait le choix entre des dizaines d’agences de notation, de qualité et de notoriété équivalentes, comme sur un marché de matières premières. Or il n’y a que trois agences reconnues par les investisseurs dans le monde, et la notation n’est pas une matière première. Elle représente un investissement en temps de management et un coût financier important (plusieurs centaines de milliers d’euros par an), et ne se limite pas à l’analyse de comptes certifiés ! En outre, il y a déjà une rotation des analystes, et de nombreux émetteurs se font noter par deux agences. La rotation serait difficile à mettre en œuvre compte tenu de la structure de l’industrie et nuirait à la qualité de la notation. J’ajoute qu’il n’y a eu aucun incident majeur sur la notation des entreprises ces dernières années.

Que pensez-vous du contrôle des méthodes des agences et du renforcement de leur responsabilité civile ?

Ces questions concernent moins directement les émetteurs, mais il est bon de rappeler que le code de conduite de l’Organisation internationale des commissions de valeurs de 2004, auquel l’AFTE a contribué, prévoit déjà que les méthodes des agences soient publiques et que leurs modifications fassent l’objet d’une consultation de place. Ajouter une étape de validation formelle par un régulateur nous paraît inutile et risqué pour la perception de la note. Sur la responsabilité des agences, l’immunité au titre de la liberté d’opinion est sans doute excessive. S’il ne semble pas choquant de pouvoir agir en cas d’erreur grossière et manifeste, l’AFTE s’inquiète que cela pousse les agences à se transformer en quasi-auditeurs, ce qui n’est pas leur rôle.

Vous êtes favorable à la suppression des références aux notes des agences dans la réglementation…

Oui. Le régulateur exhorte les investisseurs à faire leurs propres analyses et souhaite réduire l’influence des agences, mais il utilise des critères de notation dans nombre de ses textes. Où est la cohérence ?

*Association française des trésoriers d’entreprise

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