Le risque de l’enlisement

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

La crise financière ouverte entre déjà dans sa cinquième année. Qui le croirait au vu de l’état des réformes impulsées par le G20 ? Ce qui frappe, c’est l’étendue des chantiers ouverts et le petit nombre des dossiers bouclés. Cela vaut en Europe comme aux Etats-Unis. Là-bas, la loi Dodd-Franck est loin d’être entrée en application dans toutes ses composantes et ne connaîtra pas sa conclusion avant l’an prochain au mieux. En Europe, l’ambition n’est pas moindre et le bilan guère plus brillant. L’« agenda Barnier » est impressionnant mais des points clés demeurent encore loin de leur terme (lire L’Evénement, pages 8 à 11). Chacun se hâte avec lenteur mais, contrairement à la tortue de la fable, personne n’a l’ambition de gagner la course face au lièvre des marchés. Lassé, le public se détourne de ces débats trop techniques, persuadé que, décidément, rien ne change ni ne changera.

Il est vrai que cette lenteur n’est rien d’autre que le résultat des procédures démocratiques et, pour cette raison, ne justifie pas toujours la critique. C’est notamment vrai en Europe, où légitimités nationales et européennes se superposent en un écheveau de structures et de centres de décision inextricable pour le profane mais qui résulte de choix politiques souverains qu’aucune légitimité n’autorise à remettre en cause. Reste le risque de l’enlisement qui n’est pas pour rien dans les déboires électoraux des pouvoirs en place : leurs choix parfois brutaux d’austérité tranchent aux yeux de l’opinion avec leur impuissance réformatrice qui donne la fâcheuse impression de laisser le champ libre aux autorités non élues, régulateurs et banquiers centraux. En vérité, l’influence de ceux-ci sur la régulation financière n’est que la contrepartie des renoncements du politique. Les palabres sur le plafond d’endettement aux Etats-Unis ont ainsi consacré la Réserve fédérale dans un rôle de « relanceur en dernier ressort » par le biais d’une nouvelle vague de politique monétaire non conventionnelle ; de même en Europe, les atermoiements sur la mise en place du plan d’action pour la Grèce décidé le 21 juillet ont contraint la BCE à frôler les limites de son mandat pour pallier l’incapacité de la zone euro à donner rapidement une réalité opérationnelle au Fonds européen de stabilité financière (FESF).

Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet ont raison d’appeler sans relâche les politiques à reprendre la main, car les banquiers centraux font plus que leur part dans la régulation du système. Le temps approche où leur action touchera ses limites et où l’urgence politique submergera les élus. La BCE adresse déjà des signaux clairs à l’Italie et à la Grèce, tentées d’oublier leurs engagements. Tous les décideurs de la zone euro devraient les prendre pour eux avant que la Banque jette l’éponge, laissant les marchés les rappeler à leurs devoirs.

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