Le risque dans tous ses états

le 07/06/2012 L'AGEFI Hebdo

La gestion du risque est plus que jamais au cœur des difficultés des institutions financières. Malgré tous les progrès des modèles mathématiques, des systèmes informatiques, des politiques internes de management et de supervision, et les multiples réglementations qui ont fait du contrôle des risques l’alpha et l’oméga de la gestion bancaire depuis cinq ans, les dérapages incontrôlés, avec parfois de spectaculaires sorties de route à la clé, continuent de défrayer la chronique (lire L’Evénement). A chacune des extrémités du spectre de la finance, JPMorgan et Bankia en sont la preuve : toutes deux ont perdu des sommes pharaoniques pour avoir pris des positions trop importantes sur des marchés étroits dont elles étaient devenues prisonnières.

Certes, la perte de trading de JPMorgan peut sembler familière, tant cette activité propre à la banque d’investissement est le symbole de tous les excès depuis cinq ans jusqu’à devenir un sujet récurrent de littérature ou de scénario. Mais la crise des caisses d’épargne espagnoles nous rappelle avec une terrible acuité que la banque de détail aussi peut devenir une insondable source de pertes quand elle finance de mauvais paris. Or sa mésaventure oblige à admettre que le réseau n’a pas meilleure mémoire que la BFI quand il s’agit de se garder des erreurs du passé. Sinon, la faillite des savings & loans aux Etats-Unis dans les années 90, qui avait coûté plus de 100 milliards de dollars, aurait dû être source d’inspiration et de prudence pour leurs homologues espagnoles.

Ces deux cas, aussi différents qu’ils puissent paraître, sont cependant porteurs d’enseignements communs. Le premier est que les modèles de risque et autres outils sophistiqués doivent toujours être pris avec des pincettes. Car tout est affaire de paramétrages. Cela vaut pour la VaR (Value-at-Risk), dont la capacité à révéler, ou autre contraire cacher, les pertes potentielles peut dépendre des plus légères modifications ; comme pour les stress tests européens, dont les résultats peuvent aisément s’avérer dangereusement flatteurs dès lors que trop concentrés sur le critère de la dette souveraine de la zone euro et pas assez sur la réalité du marché immobilier. La deuxième leçon est qu’il faut au management une dose de courage hors du commun non seulement pour détecter un dérapage mais encore pour prendre résolument toutes les mesures correctrices nécessaires au rebours souvent de la volonté des équipes. Autre conclusion, aucun régulateur, quelle que soit sa bonne volonté, ne peut être assuré d’évaluer correctement l’ampleur des risques pris au regard d’une conjoncture volatile. Dernier enseignement : ces accidents apportent de l’eau au moulin des avocats de la sévérité maximale envers un secteur détesté ; mais sur quel progrès déboucheront leurs efforts si le bon sens continue à manquer au sein d’établissements aussi renommés que JPMorgan, où la prise des positions directionnelles sur un indice jusqu’à y devenir quasiment monopolistique n’a pas déclenché où que ce soit un salutaire signal d’alerte ? 

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