Réussir sa start-up, la bonne formule des multi-entrepreneurs

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

La création d’entreprise est à la mode, mais quels en sont les facteurs de succès ? Pour entrepreneurs et investisseurs, la réussite repose sur la qualité du dirigeant.

La Pépinière 27, pôle d’innovation pour l’émergence et la croissance des start-up, à Paris. © Gilles Rolle/REA

Du milliard d’euros débloqué par Bpifrance pour les entreprises à la visite de François Hollande dans la Silicon Valley à San Francisco, l’engouement pour la création d’entreprise et l’innovation est décidément très fort. Néanmoins, fonder une entreprise est toujours risqué et certains s’en sortent mieux que d’autres. Parmi eux, les « serial entrepreneurs », connus ou non, semblent avoir trouvé la bonne formule. Ils sont souvent consultés par des porteurs de projets ; certains ont créé leur propre fonds d’investissement pour donner à d’autres les moyens de se lancer.

Y aurait-il une recette pour créer son entreprise ? Peut-on réunir tous les facteurs de succès pour garantir sa réussite ? Difficile, car celle-ci dépend de nombreuses variables pas toujours maîtrisables. Mais cela n’empêche pas de s’inspirer des expériences des autres. Jérémie Berrebi, lui-même créateur de nombreuses entreprises, s’est allié en 2010 à Xavier Niel (autre multi-entrepreneur) pour fonder Kima Ventures, un fonds d’investissement désormais présent au capital de dizaines de start-up partout dans le monde. Sur son blog (www.berrebi.org), il propose « Start-up de A à Z », un mode d’emploi de la création de start-up qui résume les grandes étapes de ce parcours d’obstacles. On y trouve une phrase clé : « une idée n’a quasiment aucune valeur, sa valeur repose sur son exécution ».

Justement, multi-entrepreneurs et investisseurs sont tous d’accord pour dire qu’un succès entrepreneurial dépend avant tout de la qualité du dirigeant et de son équipe, de leur capacité à donner naissance à leur projet. Et le business plan n'est pas l'essentiel. Benoist Grossmann, managing partner d'Idinvest, un fonds d’investissement spécialisé dans le Web, résume ainsi son rôle d’investisseur lors de la sélection des projets : « Ce métier n'est pas une science exacte : on investit sur une équipe plus que sur un projet. Si l'équipe est performante, elle saura le faire évoluer pour qu'il fonctionne. Le parcours n’est jamais linéaire, il faut souvent se planter avant de réussir, ne pas avoir de certitudes, rester ouvert, réaliste et utiliser les ressources de tout le monde. La difficulté du chef d’entreprise, c’est de rester positif sans être bourré de certitudes. »

Le créateur doit donc avoir une vision claire de son projet mais aussi être en mesure de l’adapter à la réalité du marché. « Un bon entrepreneur est quelqu'un capable de convaincre, déterminé mais pas têtu, renchérit Jean-David Chamboredon, président exécutif d’ISAI Partners. C'est assez rare, il faut avoir cette capacité d'écoute pour faire évoluer le projet, car on ne remonte pas face au vent. » Pour résumer, le porteur de projet doit avoir « du bon sens, du charisme pour emmener une équipe, un fort instinct commercial et beaucoup de persévérance », selon Philippe Hayat, fondateur de l'association 100.000 entrepreneurs, qui promeut l’entreprise auprès des jeunes et du fonds Serena Capital 2.

Une idée au bon moment

Ensuite, il faut une idée. Les porteurs de projet qui réussissent partent toujours de leur connaissance d’un secteur ou d’un métier pour y apporter leur touche créative ou leur contribution dédiée à l’amélioration d’une ou plusieurs fonctions. Ainsi, pour Jean-Marc Buchet, de NCI, fonds de capital-risque, « une bonne idée, c'est une nouveauté en avance de phase », et pour Pierre de Perthuis, multi- entrepreneur, aujourd’hui associé au sein de la Financière des Paiements Electroniques (FPE, à l’origine du Compte Nickel), les bonnes idées sont partout, pourvu que l’entrepreneur soit courageux, tenace, travailleur et qu’il ait la culture du « faire soi-même ». Lui-même a créé sa première entreprise de conseil en promotion des ventes en 1983, puis plusieurs autres vouées à la stimulation des ventes, au courtage de matières agricoles, et même le site chaussettes-online.com. « C’est en temps de crise que toutes sortes d’idées surgissent, car tout changement ouvre de nouvelles voies en bouleversant les fonctionnements habituels. C'est dans les moments de rupture que les ouvertures sont les plus nombreuses. Et tant pis si on se trompe, ça fait partie de la vie d'entrepreneur ! »

Michel Calmo, l’un de ses associés au sein de la FPE, a lui aussi monté une entreprise, autour d’un moteur d’intelligence artificielle destiné à faciliter les recherches sur le Web, avant l’émergence de Google. Un outil sans doute trop en avance sur son temps. « Mieux vaut partir du besoin que de ce que l’on sait faire, explique-t-il. Arriver trop tôt, c’est s’exposer à l’échec, ce qui est souvent mal vu alors que cela forge l'expérience. Pour lancer le Compte Nickel, nous sommes partis du besoin et avons créé un produit qui résout un problème rencontré par les personnes mal bancarisées. Nous avons bâti l’entreprise avec notre maîtrise de la technologie, nos compétences financières et nous avons personnellement investi une large part de nos économies. »

En outre, mieux vaut ne pas rester seul car passer du concept à la réalité nécessite souvent d’autres compétences. « L’entourage familial et amical apporte beaucoup, car même s’ils ne croient pas au projet, ils croient en vous, soutient Benoît Bazzocchi, fondateur de SmartAngels, une plate-forme d’equity crowdfunding. Mais constituer une équipe autour de soi est fondamental : il faut parler de son idée, rencontrer de nombreuses personnes avant de trouver celles avec qui on partage une vision commune et qui ont des profils complémentaires au sien. Enfin, travailler en réseau, dans un incubateur, avec des accompagnateurs, permet de ne pas rester isolé et apporte une certaine crédibilité, car cela montre qu’on a déjà passé une première sélection. » La multiplication des pépinières d’entreprises (voir encadré), des incubateurs et des accélérateurs illustre parfaitement cette prise de conscience que l’entrepreneur réussit mieux dans un environnement stimulant.

Apprendre à entreprendre

D’ailleurs, entreprendre, cela s’apprend. C’est ce que soutiennent Jean Ferré et Roxanne Verza, tous deux en charge de l’accompagnement des start-up au sein de Spark, l’accélérateur créé par Microsoft il y a un an, qui a rejoint Microsoft Ventures, le réseau d’accélérateurs du groupe. « Nous cherchons d'abord des entrepreneurs sérieux, méthodiques, capables d'avancer, expliquent-ils. Entreprendre est un travail comme un autre, mais il nécessite du sérieux dans la maîtrise de la technologie et du modèle économique. Ensuite, on peut s'appuyer sur des outils modernes, les réseaux sociaux, les échanges participatifs, ce qui permet de construire en partageant et ainsi de mener une bonne exécution. L’important est d’aller à la rencontre des clients, du marché, de se nourrir de ce qui se passe. »

L’indépendance financière est également un avantage pour limiter la pression sur la jeune entreprise. Néanmoins, « il faut être capable de valoriser son idée de façon à ce qu’elle rapporte de l’argent, insiste Frédéric Coulais, fondateur de Sellsy (logiciel de gestion des ventes) et « serial entrepreneur ». C’est avec des chiffres et une validation du modèle économique que l’on peut intéresser les investisseurs. » Un euro investi dans un projet doit pouvoir en générer plus, c’est ce que les entrepreneurs doivent démontrer en priorité aux investisseurs pour les convaincre de s’engager.

De plus, certains investisseurs souhaitent accompagner les entrepreneurs et apporter leurs propres compétences sur un mode plus opérationnel. « L’investisseur est là pour donner une vision globale et apporter du recul, des contacts, estime Benoist Grossmann, il peut revoir la stratégie financière, trouver de nouveaux investisseurs, apporter à l’occasion un soutien psychologique et aider à trouver des solutions en cas de blocage. » Un rôle qui peut aussi se concevoir comme un socle protecteur pour l’entreprise. Ainsi, Jean-David Chamboredon insiste sur le besoin d'une bonne gouvernance : « Nous souhaitons siéger dans les conseils d'administration, afin d’accompagner les équipes de management, les aider à bien faire fonctionner la gouvernance de l'entreprise, explique-t-il. Nous sommes aussi là pour les obliger à prendre du recul, à se projeter, à se remettre en question. Une bonne gouvernance est la meilleure façon d’aligner les intérêts des actionnaires, des salariés et des dirigeants. C’est en faisant les bonnes manœuvres que l’on écrit une belle histoire. »

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