Retour sur terre

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

La finance, comme chacun sait, a été le mouton noir de cette campagne électorale. Elle n’a, en cette occurrence, pas compté ses amis mais ses ennemis, parfois ouvertement déclarés. Le plus étrange, le plus inquiétant même, est qu’aucun candidat n’a jugé bon de tenir compte dans ses discours des bouleversements en cours dans la sphère financière, de toutes natures et d’ampleur considérable, sous l’effet des nouvelles régulations impulsées par le G20. Parmi eux, les changements en matière de rémunérations comptent parmi les plus importants. Le traditionnel dossier que L’Agefi Hebdo publie sur les bonus (lire pages 26 à 32) en est une nouvelle illustration concernant la France, mais les tendances sont les mêmes dans les banques de financement et d’investissement (BFI) étrangères.

Or, ce constat résulte directement des mesures prises par les politiques du G20, soit au niveau mondial par le biais du Forum de stabilité financière ou du Comité de Bâle, soit aux échelons régional ou national. Elles ont partout concouru à élever les ratios exigés dans de telles proportions et à un tel rythme qu’elles ont atteint l’un des buts essentiels que visaient les régulateurs : la baisse importante et coordonnée de la prise de risque, fondement numéro un de la rémunération. On peut le lire par exemple spectaculairement ces jours-ci dans les résultats des banques américaines, en particulier quand on considère l’un de ses indicateurs habituels, la « value at risk ». Celle-ci mesure la perte potentielle maximale pour un jour donné sur les marchés avec une probabilité très élevée. Prise dans la durée, la réduction du risque de marché est impressionnante, entre autres chez Goldman Sachs où la « bulle » qui avait culminé à la fin des années 2000 est désormais quasiment effacée (lire pages 20 et 21). Si les stars des BFI ne sont pas devenues sages, ce n’est pas dans leur nature, elles sont devenues prudentes, non seulement parce qu’elles se savent dans le collimateur des régulateurs, mais aussi par peur des agences de notation qui ont logiquement fait de la prise de risque excessive un critère majeur de dégradation.

Si l’envie leur reprenait de défier de nouveau les lois de la gravitation salariale, les financiers de haut vol ne devraient pas oublier de prendre en compte une nouvelle forme de résistance : celle des actionnaires qui, après avoir beaucoup souffert depuis cinq ans en termes de valorisation comme de dividendes, entendent imposer un partage plus équitable de la valeur ajoutée. L’équipe dirigeante de Citigroup en sait quelque chose, qui vient d’essuyer sur le sujet un camouflet sans précédent en assemblée générale, tout comme Bob Diamond, patron de Barclays, contraint de réviser en catastrophe la structure de son bonus pour ne pas risquer la défiance des investisseurs. La fête est finie et malheur à qui voudra s’aviser d’en rallumer les lampions.

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