Le retour en grâce de Goldman Sachs hypothéqué par ses trimestriels

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré un faisceau de signaux positifs cette année, les débats sur le potentiel de croissance de la banque d’affaires américaine sont relancés.

Tout un symbole. L’intégration de Goldman Sachs à l’indice Dow Jones, à la place de Bank of America, le 10 septembre, a ému son directeur général : « Obtenir une validation du marché comme celle-là est une des rares surprises de ma vie professionnelle », a déclaré Lloyd Blankfein. Autre bonne nouvelle pour le groupe, le choix de la banque d’affaires américaine comme chef de file de l’introduction en Bourse de Twitter. Sans compter la nomination de Robert Zoellick, président sortant de la prestigieuse Banque Mondiale et ancien de la maison, à la tête de ses conseillers internationaux le 7 octobre. Autant de signes qui font de Goldman Sachs une des valeurs en vue de la cote, en hausse de 27 % depuis le début de l'année.

Tous les signaux semblent donc au vert pour le géant de la banque d’investissement qui a doublé son bénéfice trimestriel, à 1,9 milliard de dollars, fin juin. Mais les chiffres du troisième trimestre ont déçu (voir le tableau). Seul le bénéfice par action, à 2,88 dollars, dépasse les attentes.

Des coûts resserrés

Le résultat net du trimestre reste quasiment inchangé par rapport à celui de l'année précédente, à 1,52 milliard de dollars, mais essentiellement à la faveur d’une réduction drastique des dépenses. La baisse des rémunérations et avantages (respectivement -25 % et -35 % par rapport au troisième trimestre 2012) a été le levier essentiel pour limiter les pertes. Une politique défensive qui, de toute évidence, n’est pas pour rassurer les investisseurs. Et ce malgré l'annonce de l'augmentation de 10 % de l'acompte trimestriel sur dividende à 0,55 dollar par action.

« Les résultats du troisième trimestre reflètent une période d'activité ralentie de la clientèle », a admis Lloyd Blankfein. Il y a eu aussi un jeu des marchés spéculant sur un début de réduction des achats d'obligations de la banque centrale avant la réunion de politique monétaire de septembre de la Réserve fédérale (Fed). Plusieurs acteurs en ont souffert, surtout dans leur activité de trading obligataire. Mais la baisse de performance de Goldman Sachs se fait sentir dans l’ensemble des corps de métier de la banque. D'un montant de 1,17 milliard de dollars, les revenus de la division investment banking, principalement tirés par l’activité de souscriptions d’actions et les introductions en Bourse (en hausse de 46 %), sont stables par rapport au même trimestre l'année précédente, mais en retrait de 25 % par rapport au deuxième trimestre 2013.

Les revenus des activités obligataires, de changes et de matières premières (FICC), une des activités de prédilection de Goldman Sachs, sont en effet les plus touchés, tombant à 1,25 milliard de dollars contre 2,22 milliards il y a un an et 2,46 milliards au trimestre précédent. Et la pente est plus raide, avec une baisse de 44 % de ses revenus tirés du FICC en un an, contre -8 % pour JPMorgan Chase et -26 % pour Citigroup. Lors de la conférence des investisseurs suivant la publication des résultats, son directeur financier, Harvey Schwartz, a admis que « de toute évidence, ce n’est pas un bon trimestre pour les FICC », tout en réaffirmant que cette contre-performance ne remet nullement en cause la qualité de cette expertise. Pour lui, « la baisse significative du chiffre d'affaires s'explique en partie par le ralentissement saisonnier d’activité dans l'industrie et par un environnement macroéconomique plus difficile ». L’activité placements et prêts en compte propre enregistre aussi des revenus en baisse de 18 % sur un an et de 4 % sur les trois derniers mois à 1,475 milliard.

Si ce trimestre n’est pas - et de loin - à la hauteur des attentes, la banque table sur un redémarrage rapide de l'activité et des transactions. « A présent que les questions budgétaires américaines de long terme sont résolues, nous pourrions voir une amélioration de la confiance des entreprises et des investisseurs qui permettrait de jeter les bases d’une reprise plus soutenue », a déclaré Lloyd Blankfein. Et de poursuivre avec optimisme : « Nous croyons que la firme est bien positionnée pour aider nos clients à accomplir leurs objectifs. » Toutefois, le 21 octobre, l’annonce du départ de J. Michael Evans, désigné comme successeur de Lloyd Blankfein, ajoute une interrogation pour l’avenir : quelle sera la gouvernance de la banque alors que Goldman Sachs doit encore convaincre le marché de la pérennité de sa stratégie de croissance ? 

A lire aussi