Dossier Fusions-acquisitions

Le retour des acquisitions à effet de levier devrait se poursuivre en 2011

le 06/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Rothschild domine toujours un marché du conseil des fonds de « leveraged buy-out » (LBO) qui a repris un peu de vigueur en 2010.

L'année 2010 aura aussi sonné le retour des opérations de leveraged buy-out (LBO), qui ont presque doublé par rapport à 2009 au niveau mondial, dépassant les 225 milliards de dollars, selon Thomson Reuters (contre 121 milliards en 2009, 236 milliards en 2008 et… 801 milliards en 2007). Les marchés américain et (à une bien moindre échelle) asiatique ont tiré cette tendance, mais l’Europe a aussi progressé de 66 % à 75 milliards de dollars.

En France, où cette activité avait pratiquement cessé l’an dernier pour laisser place à la restructuration des holdings mises en place dans ces LBO, les conseils en acquisitions à effet de levier ont de nouveau trouvé à faire, avec près de 6,8 milliards d’euros pour 96 opérations de type LBO bouclées, sur un total de près de 210 opérations intégrant des fonds private equity à l’entrée ou à la sortie selon notre « recensement ». Rothschild, en particulier Laurent Baril, en a conseillé une vingtaine, essentiellement pour aider des fonds à sortir comme Apax sur Vedici et Faceo, IK sur Cerba, Eurazeo sur B&B Hotel, ou encore BC Partners sur Picard Surgelés et Amadeus, etc. La banque de l’avenue de Messine a aussi accompagné des opérations à l’achat comme Histoire d’Or-Marc Orian avec Apax ou Sandro Maje avec L Capital. Elle devance les équipes de Credit Suisse, Société Générale CIB et Lazard.

Marché secondaire à 70 %

« Nous avions notamment pris l’initiative d’organiser l’émission obligataire ayant permis le 'deal' de Lion Capital sur Picard Surgelés (pour 1,5 milliard d’euros, NDLR), et nous prévoyons d’autres LBO », rappellent Olivier Barret et Valérie Landon, co-heads de Credit Suisse Investment Banking à Paris, qui a également participé aux acquisitions de Spotless par BC Partners et Giannoni par Carlyle, ou à des sorties comme sur Go Voyages. Ils avouent d’ailleurs regarder quelques projets de retraits de cote, également potentiellement soutenus par de nouvelles émissions à haut rendement.

Cela permettrait de renouveler les opérations primaires, car les opérations secondaires ont représenté plus de 70 % des volumes sur l'année écoulée en Europe et en France. « C’est possible tant que les investisseurs institutionnels ne sanctionnent pas les gérants de fonds sur ces stratégies, ou que ces derniers arrivent à construire ‘une nouvelle histoire’ autour de l’entreprise, ce qui va devenir nécessaire désormais », prévient Céline Méchain, managing director chez Goldman Sachs, en évoquant des levées devenues difficiles. La concurrence des acheteurs « stratégiques » reste imbattable à l’achat dans certains secteurs (on l’a vu sur Sperian avec Honeywell) et, dans l’autre sens, les spin-off de grands groupes demeurent assez épisodiques : le dossier Conforama est par exemple sorti auprès de l’industriel sud-africain Steinhoff, et Verallia/Saint-Gobain Emballages semble plus adapté à une introduction en Bourse qu’à un méga-LBO de 4 milliards, même si quelques opérations record se profilent à nouveau, comme Del Monte Foods avec KKR pour 5,1 milliards de dollars aux Etats-Unis ou ISS avec Apax pour 6,4 milliards d’euros au Danemark...

« La réouverture au 'private equity' devrait se poursuivre, à l’achat, malgré une certaine sélectivité des banquiers, mais aussi surtout à la vente », explique également Vincent Catherine, executive director chez Goldman Sachs, dont la banque a notamment conseillé les deux importantes sorties sur Geoservices (Astorg Partners) et Sebia (Montagu PE et Astorg Partners). Plusieurs fonds seront conduits par des besoins de cessions, certains étant amenés à revoir le prix des actifs qu’ils n’ont pu encore céder (Quick, Médi-Partenaires, Poult, Qioptiq, etc.), ou en tout cas à se rapprocher des vues des acheteurs en tenant compte d'un double effet volume et révision des plans d’affaires, à la baisse ou la hausse, après parution des résultats 2010. Ils pourront aussi être poussés à la vente par des besoins de refinancement pressants, avant même le fameux « mur de dette » de 2014-2016, à cause notamment des contraintes de certains fonds de dette. A ce sujet, le « thème » de l’année 2009 qui avait conduit les boutiques à conseiller les restructurations de LBO a été beaucoup moins présent une fois passé le premier semestre 2010. Les Rothschild, Lazard et autres ont tout de même travaillé sur quelques renégociations de taille comme Deutsche Connectors, Wheelabrator, Frans Bonhomme ou Consolis...

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